Allemagne

Une journaliste fustige le racisme sur la Toile

Anja Reschke dénonce les «tirades haineuses» sur Internet contre les réfugiés et les migrants. Elle déplore le manque de réaction de la classe politique allemande

Une journaliste fustige le racisme sur la Toile

Allemagne Anja Reschke dénonce les «tirades haineuses» sur Internet

Elle déplore le manque de réaction de la classe politique

Anja Reschke fait le buzz. Présentatrice d’une émission d’investigation sur la chaîne de télévision publique régionale NDR (Hambourg), elle défraie la chronique depuis la diffusion, mercredi soir, dans le journal d’information de la première chaîne, ARD, d’un commentaire de près de deux minutes sur le racisme en Allemagne. La journaliste y fait un constat: les propos racistes ne se cachent plus dans son pays. «Quand j’affirme ouvertement que l’Allemagne doit accepter les réfugiés économiques, que se passe-t-il?» demande la journaliste. «Je reçois un flot de commentaires haineux […] qui se cachaient jusqu’à présent derrière des pseudonymes. Or, depuis peu, ils sont publiés avec des noms clairs. Apparemment, cela même n’est plus une honte. Au contraire: les phrases comme «ces paquets de merde doivent se noyer en mer» obtiennent des appréciations enthousiastes et une somme de «like». Lorsque l’on a jusqu’à présent été un petit raciste inconnu, on se sent naturellement au mieux de sa forme.»

Anja Reschke fustige aussi «la dynamique de groupe qu’engendrent ces tirades haineuses sur Internet» avec «une hausse des actes de violence d’extrême droite». L’arrivée massive de réfugiés sur le territoire allemand sert en effet de terreau à une poussée de xénophobie. L’an dernier, le moteur économique de l’Europe a accueilli 202 000 demandeurs d’asile et s’attend à en recevoir plus de 500 000 d’ici à la fin de l’année. Le défi est immense pour les autorités locales souvent incapables de répondre à la demande de logements.

Les incidents se multiplient: démonstrations anti-immigrés, incendies de foyers d’accueil, inscriptions racistes, insultes, au total 150 attaques ont été recensées durant les six premiers mois de l’année par les autorités, soit presque autant que pour la seule année 2014. La semaine dernière par exemple, des employés de la Croix-Rouge se sont fait caillasser alors qu’ils montaient un village de tentes pour des demandeurs d’asile, à Dresde. A Chemnitz, à la frontière polonaise, trois cocktails Molotov ont été lancés sur un foyer. Le cas d’une bourgade de Saxe, Freital, fait aussi les gros titres de journaux avec ses manifestations devant le centre d’accueil et ses 280 demandeurs d’asile.

Dans sa chronique de mercredi, postée depuis sur Facebook et visualisée plus de 6,5 millions de fois, la journaliste Anja Reschke appelle les «Allemands corrects» à la «révolte». «Les prêcheurs de haine doivent comprendre que la société ne les tolère pas. Lorsqu’on ne partage pas l’opinion que «les réfugiés sont des parasites qui doivent être chassés, brûlés ou gazés», alors il faut le faire savoir, objecter, ouvrir sa gueule et les clouer au pilori», estime-t-elle.

La journaliste juge aussi que les réactions de la classe politique à cette vague de haine ne sont pas à la hauteur des événements. En novembre, lors des manifestations hebdomadaires du mouvement anti-islam Pegida, la chancelière Angela Merkel avait qualifié «d’intolérables» les attaques contre les réfugiés. Depuis, elle a peu réagi.

Les réactions politiques les plus fortes viennent du Parti social-démocrate et des Verts ainsi que de certaines figures comme Hans-Dietrich Genscher. Agé de 88 ans, l’ancien ministre des Affaires étrangères a comparé ces attaques contre les réfugiés aux «synagogues en feu» de sa jeunesse, à l’époque des nazis. En janvier, l’ancien chancelier Gerhard Schröder avait lui aussi appelé la population à «la réaction».

De fait, les initiatives citoyennes en direction des réfugiés existent et se multiplient. Aide à l’apprentissage de l’allemand, accueil de réfugiés, volontariat dans les foyers, les exemples sont nombreux. Un député conservateur de la CDU, Martin Patzelt, loge ainsi chez lui deux jeunes Erythréens depuis plus d’un mois. Il souhaite que son initiative serve d’exemple, mais il a reçu de très nombreuses critiques, notamment au sein de son parti, et même des menaces. C’est aussi le cas pour Anja Reschke qui croule depuis deux jours sous les messages, de soutien et de haine.

Hans-Dietrich Genscher a comparé ces attaques contre les réfugiés aux «synagogues en feu»à l’époque des nazis

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