France

Une journaliste du «Temps» interrogée par la police à Briançon

Notre envoyée spéciale effectuait un reportage sur des migrants entrant clandestinement en France depuis l’Italie par le col de l’Echelle, dans les Hautes-Alpes

Une journaliste du Temps a été interpellée et interrogée par la police française le week-end dernier dans la région de Briançon (Hautes-Alpes). Elle effectuait un reportage sur le passage clandestin de migrants depuis l’Italie vers la France par le col de l’Echelle. Une route de plus en plus empruntée malgré les conditions très difficiles. Situé à 1762 mètres, le col était partiellement enneigé.

La journaliste avait pris place samedi soir dans une voiture d’un habitant de la région, qui portait secours aux migrants franchissant le col. Un second véhicule conduit par un autre Briançonnais accompagné d’un journaliste français de la radio France Culture était également monté au col de l’Echelle. Les deux habitants, deux retraités, ont recueilli le long de la route quatre migrants transis de froid. Ces jeunes se déclaraient mineurs et venaient d’Afrique de l’Ouest.

«En redescendant, à l’entrée du village de Val-des-Prés, un barrage de la gendarmerie nationale a interrompu notre route. Les gendarmes ont inspecté les voitures et demandé nos papiers», raconte Caroline Christinaz. Elle a décliné son identité et présenté sa carte de presse. Les quatre migrants ont été emmenés par les gendarmes. Quant aux deux habitants et aux deux journalistes, ils ont été convoqués le lendemain, dimanche, à la gendarmerie de Briançon.

Deux heures d’interrogatoire

La journaliste du Temps s’y est rendue dans la matinée. «L’interrogatoire a duré deux heures, témoigne Caroline Christinaz. J’ai expliqué ma présence au col de l’Echelle: un reportage.» La journaliste invoque la protection des sources pour refuser de livrer des informations sur les personnes avec lesquelles elle se trouvait. Elle en fait de même pour les migrants. «La gendarme m’a demandé si je ne savais rien sur eux en ajoutant que ma pratique du journalisme était défaillante si je ne leur posais aucune question», poursuit Caroline Christinaz.

«Après une heure de questions sur les faits de la veille, les gendarmes m’ont interrogée sur ma vie privée, puis sur mon loyer, mon salaire, mes numéros et soldes bancaires, ma situation fiscale et patrimoniale. Ils m’ont dit vouloir connaître mes capacités financières pour établir le montant de l’amende», dit encore Caroline Christinaz.

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Téléphone examiné

La journaliste a été photographiée et ses empreintes digitales ont été relevées. Devant l’insistance et la pression des deux gendarmes, elle finit par leur donner son téléphone portable, puis, de guerre lasse, son code d’accès. Les deux gendarmes lui redonneront finalement son appareil après avoir quitté la pièce pendant quelques minutes. Quand elle les interroge sur le statut de cette audition, on lui répond qu’elle est mise en cause dans une procédure pour aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d’étrangers sur le territoire français.

Selon le Code pénal français, les contrevenants risquent de lourdes amendes et des peines de prison, jusqu’à 5 ans. En revanche, le journaliste français, convoqué plus tard, soit le dimanche après-midi, n’a été entendu qu’en qualité de témoin. Il semblerait que l’autorité judiciaire soit intervenue auprès de la gendarmerie de Briançon entre l’audition de la journaliste du Temps et celle de son confrère français de France Culture. Contactées, les autorités judiciaires françaises ne font aucun commentaire, car, disent-elles, la loi les en empêche tant que la procédure est en cours.

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