Le chiffre résume le fossé qui sépare, quatre mois après les attentats parisiens du 13 novembre, la riposte policière et judiciaire française de celle mise en œuvre par les autorités belges.

En France, où l’état d’urgence est en vigueur depuis la nuit fatale, 3663 perquisitions avaient eu lieu au 15 février dernier, conduisant à plus de 400 assignations à résidence et à l’ouverture de 80 procédures judiciaires. En Belgique, épicentre géographique du réseau Abaaoud-Abdeslam, une centaine de perquisitions seulement avaient été menées au 1er mars, conduisant à l’interpellation de 58 personnes et à l’inculpation de douze (incluant Salah Abdeslam, présenté dès samedi à un juge qui l’a inculpé pour «participation à des assassinats terroristes et participation à un groupe terroriste»), dont neuf sont en détention provisoire. S’y ajoute l’individu arrêté mercredi matin à Anderlecht, à la périphérie de Bruxelles, que l’on a cru d’abord être Najim Lachraoui, avant que les autorités belges n’annoncent que ce dernier s’était fait sauter à l’aéroport. Au total, une soixantaine d’islamistes radicaux sont détenus aujourd’hui dans les prisons belges.

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Sur les moyens dont dispose le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw – homologue du procureur de la République de Paris François Molins qui lui avait rendu visite à Bruxelles lundi pour se féliciter des résultats obtenus par l’unité mixte d’enquêteurs constituée après le 13 novembre – les questions sont aussi nombreuses. «La justice belge est encore plus submergée d’affaires que la justice française explique un avocat pénaliste bruxellois. Nous n’avons pas, en outre, l’équivalent du parquet antiterroriste». Ces derniers mois, 14 magistrats ont renforcé le pôle des huit juges spécialisés qui, en France, ont géré en 2015 188 procédures, incluant celles des attentats parisiens. Cette seule enquête, avait précisé samedi François Molins, mobilise à plein-temps six magistrats.

L’autre question délicate est celle du renseignement. Le ministre belge de la défense, Steven Vandeput, membre du parti de droite dure flamand NVA, avait mis le pied dans la mare en dénonçant, au début 2016, les dysfonctionnements du Belgian Intelligence Network Information Infrastructure ou BNNI, la banque de données informatique des services, très souvent en panne. On se souvient également que le ministre de l’intérieur Jan Jambon, du même parti NVA, avait accusé les policiers bruxellois d’avoir raté Salah Abdeslam à la fin novembre 2015 à Molenbeek, car ils avaient, malgré le caractère exceptionnel de l’opération, respecté l’interdit légal d’intervenir entre 23 heures et 5 heures du matin.