C’était le 20 mars 1970. À Niamey, Léopold Sédar Senghor, alors président du Sénégal depuis 10 ans, ses homologues tunisien Habib Bourguiba, et nigérien, Hamani Diori, ainsi que le prince Norodom Sihanouk du Cambodge, signaient le traité créant l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Cette instance intergouvernementale reposait sur le français comme langue commune. Par la suite, la date sera choisie pour marquer la semaine de la langue française, et comme jalon de la francophonie institutionnelle. L’ACCT deviendra l’Agence intergouvernementale de la francophonie en 1998, puis, en 2005, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Celle-ci retrace cet itinéraire formel sur son site.

Le 40e anniversaire sera célébré ce samedi à Paris avec l’ouverture d’une nouvelle Maison de la francophonie, dans le 7e arrondissement. Un édifice mis à disposition par l’Etat français, communique encore l’OIF, qui, on le sait, tiendra son prochain Sommet à Montreux, du 20 au 24 octobre.

Cette année est marquée par des anniversaires en cascade, puisque plusieurs pays africains célèbrent par ailleurs leur indépendance. En Côte d’Ivoire, rapporte Fraternité matin, le nouveau ministre de la Culture et de la Francophonie Moutayé Azoumana a d’ailleurs récemment lié les deux jubilés en affirmant que «pour nombre d’observateurs, la véritable indépendance passe par la culture. En effet, en Amérique latine, en Asie ou au Moyen Orient, la culture représente un socle sur lequel s’appuie le développement global. Or, force est de constater que dans nos pays africains, qui recèlent pourtant de grandes potentialités en matière d’industries culturelles notamment, il y a encore beaucoup de chemin à faire.» Ce qui fait dire au journal que ces journées de la francophonie constituent «une occasion pour repenser l’indépendance de nos Etats».

Sans doute, mais les réflexions viendront de toute évidence après les festivités. À ce jour, s’agissant du bilan d’étape de la francophonie et de son Organisation, les opinions n’inondent pas la Toile. En revanche, les programmes de célébration – parfois déjà commencées, et étalées sur deux semaines – foisonnent.

À Hanoï, on met l’accent sur le cinéma, «l’un des médias les plus emblématiques de la diversité culturelle», selon le Courrier du Vietnam. Au Sénégal, le festival des «amis de la francophonie» bat son plein depuis le 4 mars, «occasion pour de nombreux pays francophones de présenter leurs cultures, leurs traditions et leur diversité culinaire», indique Le Soleil.

Samedi à l’Université de Louisiane à Lafayette, on commémorera Aimé Césaire, annonce le Conseil pour le développement du français en Louisiane. Les célébrations s’organisent aussi en Australie, un site annonçant son quiz pour ce vendredi 19.

Sur ce point-ci de la planète, le coup d’envoi de la 15e semaine de la langue française et de la francophonie sera donné ce vendredi à Neuchâtel. Le programme complet est disponible sur le site de la manifestation.

De son côté, TV5 Monde déploie des moyens importants pour marquer l’anniversaire de l’OIF, aussi bien que la semaine thématique. Sur son canal dévolu à la France, la Belgique et la Suisse, la chaîne lancera l’opération, ce vendredi aussi, avec une émission spéciale consacrée aux «enfants de la francophonie». Avec, entre autres, le grand gamin Arno, Flamand conquis par la langue de Simenon, ainsi que Nancy Huston et Manu Dibango. À noter, dans les jours à venir, la diffusion d’un documentaire québécois prometteur, «Quelques réflexions sur l’étendue d’une langue», dans lequel les auteurs «abordent la francophonie dans une vision plurielle […]. Ils posent un regard humaniste sur ce qui lie les francophones des 5 continents à leur langue et sur les enjeux auxquels ces communautés sont aujourd’hui confrontées», promet la chaîne.

Ce samedi, ce sont les radios publiques francophones qui se joignent au concert – pour la Suisse romande, Couleur 3 en particulier, lit-on dans le programme en ligne de la communauté des radios.

Et puisque nous sommes sur le Web, relevons que le 30 mars, des officiels français dévoileront les résultats d’un appel à idées pour remplacer avec élégance les mots «newsletter», «tuning», «buzz» ou «chat». Preuve que la francophonie n’est pas d’un bloc, puisque les Québécois ont déjà fait le travail, en proposant, respectivement, «lettre d’information», «réglage», «rumeur» – ou «crachement», si le sens est technique – et «clavardage». Mais chacun est libre de cogiter de son côté…

Chaque vendredi, une actualité de la francophonie dans «La Toile francophone», sur www.letemps.ch