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Une loi antitabac en Chine

En vigueur depuis hier, elle prohibe la fumée dans les lieux publics fermés. Elle sera toutefois difficile à mettre en œuvre

Mao Tsé-toung et Deng Xiaoping s’affichaient toujours la cigarette au bec. Leur marque fétiche: les Zhong­hua. Ils vécurent jusqu’à 82 et 92 ans. En Chine, fumer est une habitude ancrée dans la culture. On fume dans les hôpitaux, restaurants, voire entre les mets d’un repas. Des cartouches de cigarettes sont souvent offertes au Nouvel An. Des champions olympiques sont sponsorisés par des cigarettiers. Fumer est un art de vivre et de nouer des contacts personnels ou professionnels. Selon le Ministère de la santé, 60% des médecins et infirmières sont des fumeurs. Peu de Chinois paraissent informés des risques de cancer lié au tabac. Le pays est le premier producteur mondial de cigarettes et abrite près de 400 marques chinoises, dont le groupe Hongta, implanté dans la province du Yunnan, plus grand producteur de cigarettes d’Asie.

Trois cents millions de fumeurs

Pékin a pourtant décidé de sévir. Dimanche 1er mai est entrée en vigueur une loi interdisant de fumer dans les espaces publics fermés: bars, restaurants, transports publics. La mesure va toucher les 300 millions de fumeurs que compte actuellement la Chine. Ces derniers auront toutefois toujours la possibilité de goûter au plaisir de la cigarette sur leur lieu de travail.

Des raisons sanitaires ont sans doute poussé les autorités chinoises à interdire la fumée dans les lieux publics fermés. Selon le Daily Telegraph qui cite le Centre de contrôle des maladies de Chine, 1,2 million de personnes meurent chaque année de maladies liées au tabagisme. D’ici à 2030, ce chiffre pourrait bondir à 3,5 millions. L’Organisation mondiale de la santé, dont sa directrice, Margaret Chan, est Chinoise, se félicite de cette mesure «révolutionnaire» qui ne sera pourtant pas facile à mettre en œuvre. Pékin avait certes signé la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac voici cinq ans. Mais, souligne le quotidien britannique, le gouvernement chinois n’a pas mis en œuvre des éléments essentiels du traité: augmenter le prix des cigarettes, interdire la publicité pour le tabac et indiquer sur les paquets de cigarettes les dangers du tabac. De plus, Pékin n’a pas prévu de vraie campagne de sensibilisation et les propriétaires d’établissements publics paraissent désemparés.

Les autorités chinoises ne sont pourtant pas à leur premier essai pour lutter contre le tabagisme, qui touche dans sa grande majorité les hommes, mais qui séduit aussi de plus en plus les jeunes urbains et les jeunes filles. En 2008, elles ont décrété des zones non-fumeurs lors des Jeux olympiques, mais ce fut un échec. L’Exposition universelle de Shanghai, l’an dernier, a aussi fait l’objet d’une interdiction de fumer qui fut cette fois plus fructueuse.

65 milliards de recettes

La mesure prise par Pékin laisse néanmoins plusieurs observateurs sceptiques. Comme le relève le Daily Telegraph , le gouvernement chinois est le «plus grand accro à la nicotine». L’impôt de 40% prélevé sur les cigarettes est le plus rémunérateur: 65 milliards de francs en 2010. Pékin contrôle toute l’industrie du tabac par le biais de la State Tobacco Monopoly Administration. Les pouvoirs locaux, chargés de surveiller la mise en œuvre de la loi, doivent décider des sanctions contre les fumeurs récalcitrants. A ce jour, seule la ville de Guanzhou a décrété une amende de 4,6 dollars.

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