Sur les 239 prisonniers encore retenus dans la prison américaine de Guantanamo, sur l’île de Cuba, près de la moitié sont des ressortissants du Yémen. Les pourparlers pour leur rapatriement entre Saana et Washington sont engagés, mais un accord tarde à venir. Le porte-parole de l’ambassade du Yémen à Washington, Mohammed Albasha, clamait fin 2008: «Nous sommes prêts à tous les recevoir et nous espérons que le président élu Obama les renverra au Yémen.» La nouvelle administration doute néanmoins de la capacité du pays à réintégrer les anciens détenus.

Le scepticisme américain est nourri par l’attitude jugée laxiste de Sanaa face au terrorisme. Vingt-trois détenus, dont 13 membres d’Al-Qaida, ont ainsi réussi à s’évader en 2006. Le premier programme de réinsertion a été qualifié par Mohammed Albasha comme «une première expérience. Et comme la plupart des expériences, les choses tournent mal.»

Riyad sollicité

Par ailleurs, 14% des détenus libérés de Guantanamo auraient récidivé, selon le New York Times citant un rapport du Pentagone. L’actuel numéro deux d’Al-Qaida de la péninsule Arabique n’est autre que Saïd Ali al-Shihri, relâché de la prison américaine en 2007.

L’espoir de Washington? Parvenir à un accord avec le Yémen et l’Arabie saoudite, pour que Riyad accueille un nombre conséquent de prisonniers yéménites. Le royaume saoudien certifie une récidive zéro. Le suivi du détenu se poursuit dans le quotidien où il est accompagné dans la recherche d’un travail, ainsi que d’une épouse. Le véritable problème de ses programmes de réhabilitation, explique Gregory Johnsen, chercheur à l’université de Princeton, est «le manque de légitimité aux yeux des anciens détenus, des érudits censés leur démontrer que leur vision du Coran est fausse. Ils sont vus comme des agents du gouvernement au Yémen, comme en Arabie saoudite.»

Mohammed Albasha ajoute: «Si vous résolvez le problème yéménite, vous résolvez le problème Guantanamo.»