Une manifestante est décédée samedi matin en Savoie sur un barrage organisé par les «gilets jaunes» après avoir été heurtée par une voiture dont la conductrice a été prise de panique, a indiqué le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. A Pont-de-Beauvoisin (Savoie), la conductrice qui emmenait sa fille chez le médecin a été prise de panique quand les manifestants se sont mis à taper sur sa voiture. Elle a foncé alors sur eux, percutant une femme, a précisé le ministre.

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Cette manifestation, comme de nombreuses autres organisées en France pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant, n'était pas déclarée. La manifestante tuée était âgée d'une cinquantaine d'année, a précisé l'Intérieur. En état de choc, la conductrice a été placée en garde à vue.

Niveau d'inquiétude «maximum»

«On m'indique aussi à Sélestat (Bas-Rhin) un accident avec des conséquences graves mais la victime n'est pas décédée», a ajouté le ministre, à l'issue d'une réunion en visioconférence avec tous les préfets. «Notre niveau d'inquiétude est maximum», a déclaré Christophe Castaner qui a demandé aux manifestants «de prendre toutes les dispositions de prévention et de sécurité». «Le droit à manifester est essentiel dans ce pays, il faut le protéger, mais il faut aussi faire en sorte que l'organisation minimale de la manifestation évite ce genre de drame.»

A Grasse, dans les Alpes-Maritimes, un automobiliste a «tenté de forcer un barrage» sur un rond-point, renversant un policier qui a été «légèrement blessé», a indiqué la préfecture. L'homme a été interpellé. Le policier «souffre de contusions légères», a précisé la même source. A Grande-Synthe dans le Nord, deux manifestantes avaient également été blessées légèrement vendredi soir dans des conditions similaires.

Bloquer les routes stratégiques

Les «gilets jaunes» se rassemblaient samedi matin à travers la France pour tenter de bloquer routes et points stratégiques. En début de matinée, aucune ville ou centre économique n'était entièrement bloqué mais les troupes de «gilets jaunes» s'étoffaient peu à peu, aux ronds-points, sorties d'autoroute, sur les parkings, etc. En région parisienne, de 50 à 80 voitures étaient rassemblées sur le parking d'un centre commercial à Meaux, en Seine-et-Marne, et devaient se diriger jusqu'au péage de Coutevroult sur l'A4 où ils prévoient une opération péage gratuit, selon la préfecture.

Environ 600 villes touchées

Environ 1500 actions sont attendues sur le territoire. Le Nord-Pas-de-Calais et l'Alsace sont les deux régions où la mobilisation devrait être la plus forte, d'après une autre source policière, qui précise que plus de 600 villes seront touchées. On dénombrait sur le territoire «1083 points de tension et 50000 personnes sur ces points», a encore déclaré le ministre. Il n'y a quasiment pas de point de blocage: seuls sont bloqués des points d'accès mais aucun axe stratégique, a-t-il précisé, avec «une répartition (des blocages) assez différente d'un département à l'autre».

Trente unités de force mobile, soit 2500 policiers et gendarmes, sont prêtes à intervenir en renfort des effectifs normaux. Au 1er janvier 2019, les taxes sur le gazole doivent augmenter de 6,5 centimes d'euro par litre et celles sur l'essence de 2,9 centimes. Inflexible sur la taxe carbone - et notamment sur les carburants - le premier ministre Edouard Philippe a proposé la mise en place d'une surprime (pouvant aller jusqu'à 4000 euros) à la conversion pour les foyers modestes ou les gros rouleurs, l'élargissement du chèque énergie, un dispositif d'aide pour les dépenses d'électricité et de gaz.

Récupération politique?

L'exécutif n'a cessé de mettre en garde contre la récupération politique alors que certains politiques ont annoncé leur participation aux manifestations - le président des Républicains, Laurent Wauquiez, le chef de file de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon et le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan, comme certains élus RN, mais pas leur présidente Marine Le Pen.

A Nice, le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a matérialisé son soutien aux gilets jaunes en organisant vendredi une table-ronde pour recueillir les doléances des taxis, infirmiers libéraux en zone rurale, médecins, chefs d'entreprise, artisans ou routiers. A l'inverse, la gauche et les Verts se retrouvent dans une position délicate entre défense du pouvoir d'achat et transition écologique.