Lors de ses six premières visites en Chine, Mary Robinson avait été plus conciliante que ferme. Pour son septième et dernier périple à Pékin, lundi et mardi, la haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme – qui achève son mandat de cinq ans le mois prochain – s'est montrée ferme. Devant la presse, elle a accusé la Chine de violer massivement les droits de l'homme et appelé les autorités à entreprendre des réformes politiques. Lors d'un atelier de travail consacré aux juges et au système judiciaire, Mary Robinson a toutefois reconnu que la Chine faisait des «efforts» pour construire un Etat de droit. Mais, de toute évidence, Pékin traîne les pieds sur ce dossier et «pendant ce temps, la réalité des droits de l'homme continue d'être préoccupante».

Plutôt que d'exiger de la Chine qu'elle se conforme enfin aux règles internationales, la haut-commissaire a cette fois-ci pointé le doigt sur la nécessité d'entamer des réformes démocratiques, notamment pour «répondre aux problèmes sous-jacents des troubles sociaux.» L'emprisonnement d'animateurs de nombreuses manifestations d'ouvriers le printemps dernier vient en tête des préoccupations de la représentante de l'ONU.

Ce n'est pas tout: la multiplication des exécutions capitales, la répression des Ouïgours musulmans depuis le 11 septembre ainsi que celle des adeptes de la secte du Falungong, les restrictions imposées à la presse puis à Internet et le sort du plus jeune prisonnier politique du monde, le 11e Panchen Lama, numéro deux de la hiérarchie religieuse tibétaine, sont autant de dossiers qui pèsent lourd dans le bilan du régime en matière de droits de l'homme.

Seule note positive, Mary Robinson relève que le système de rééducation par le travail, le tristement célèbre laogai, «change». Les détentions administratives qui permettent d'emprisonner une personne sans jugement durant trois ans demeurent néanmoins.

Dans son dernier rapport sur la Chine, l'organisation Human Rights Watch, basée à New York, concluait que la situation des droits de l'homme s'était détériorée l'an dernier. L'ampleur actuelle de la répression s'explique par une transition politique délicate qui se joue depuis plusieurs mois.

L'agence de presse officielle Chine nouvelle a soigneusement passé sous silence les critiques de Mary Robinson. Dans la version chinoise, cette dernière n'aurait fait que souligner que la coopération sur les droits de l'homme entre l'ONU et Pékin est entrée dans une «nouvelle ère».