Une médaille

pour l’autocrate

tchétchène

L’histoire

Ramzan Kadyrov, le tyran qui préside aux destinées de la Tchétchénie depuis que Vladimir Poutine l’a propulsé président en février 2007, a plaidé la cause de l’un de ses concitoyens, Zaour Dadaïev, principal suspect dans l’assassinat de Boris Nemtsov. Emprisonné avec quatre autres Russes originaires du Caucase, Dadaïev a fort opportunément avoué le meurtre de l’opposant. Difficile cependant d’imaginer qu’il soit l’instigateur, le cerveau, d’un crime aussi minutieusement préparé. Pour Ramzan Kadyrov, les choses sont pourtant claires: Dadaïev est le tueur, mais il est surtout un véritable héros, «sincèrement dévoué à la Russie et prêt à donner sa vie pour la mère patrie», a déclaré l’homme fort de la Tchétchénie dimanche sur son compte Instagram.

Ramzan Kadyrov décrit aussi l’ancien officier des forces spéciales tchétchènes comme un musulman pieux, qui comme lui aurait été révulsé par la marche en faveur de Charlie Hebdo et par le soutien que Boris Nemtsov avait affiché aux manifestants parisiens.

Un jour après ses démonstrations de ferveur patriotique et de soutien à un assassin présumé, Kadyrov se voit à nouveau récompensé par le Kremlin. Après avoir reçu presque toutes les décorations que les autorités russes décernent, il lui a été octroyé la plus haute distinction russe, celle de l’Ordre de l’honneur pour ses «réalisations exceptionnelles» et ses «activités sociales».

Aux côtés de Ramzan Kadyrov, des dizaines de personnalités russes ont ainsi été récompensées. Un autre nom retient l’attention: le député Andreï Lougovoï, ancien agent du KGB, et soupçonné d’avoir participé en 2006 au meurtre d’Alexandre Litvinenko, empoisonné au polonium à Londres. Son extradition est demandée par Londres, mais Moscou la refuse.

Ramzan Kadyrov dérange-t-il le maître du Kremlin? Vladimir Poutine aurait-il choisi de le distinguer pour ne pas avoir à le poignarder? Il semble que le pacte qui unit les deux hommes soit scellé dans le sang.