Dans les rues de Baalbek, des posters géants montrent les portraits des derniers martyrs du Hezbollah libanais. Il s’en ajoute de nouveaux chaque semaine, tous tombés dans les combats en Syrie. Officiellement, le mouvement chiite prétend rester neutre dans le conflit, mais le soutien que des centaines de ses combattants apportent au régime syrien est devenu un secret de polichinelle et une menace grandissante pour la stabilité du Liban.

En réponse à l’ingérence du Hezbollah, les rebelles syriens ont menacé de porter la guerre au-delà des frontières. Au Liban aussi, le Hezbollah, littéralement le «Parti de Dieu», se fait des ennemis de plus en plus nombreux. Deux imams sunnites ont appelé la semaine dernière à la guerre sainte contre les forces de Bachar el-Assad et contre ceux qui les soutiennent, nommément le Hezbollah. Milices contre milices: ce scénario réveille le souvenir de la guerre civile qui a embrasé le Liban de 1975 à 1990.

Appels au djihad

Les «Hommes libres de la Beqaa», un groupe totalement inconnu, ont menacé samedi d’attaquer le Hezbollah si ce dernier ne cessait pas ses ingérences dans le conflit syrien. Au risque, précise le communiqué publié samedi soir, d’importer la guerre au Pays du cèdre. Cet ultimatum intervient trois jours après les fatwas appelant au djihad contre Damas. Dans son appel, lancé le 23 avril, Ahmad el-Assir, un cheikh de Saïda, dans le sud du pays, somme les musulmans libanais en mesure de le faire de prendre les armes pour protéger les mosquées de Syrie, notamment celles de Homs et de Qousseir, une région où les combattants du Hezbollah mènent l’assaut contre les insurgés syriens. Face au risque de contagion régionale de la crise syrienne, le président libanais Michel Sleimane a exhorté ses concitoyens à ne pas s’immiscer dans le conflit voisin et à empêcher «la mise en place de camps d’entraînement à l’intérieur du Liban».

Le Hezbollah constitue la principale milice libanaise. Si sa supériorité militaire n’est pas menacée par d’éventuelles milices sunnites, explique Joseph Bahout, politologue à Sciences Po, Paris, et chercheur à l’Académie diplomatique internationale, «une escarmouche violente entre les militants chiites et ceux d’autres factions peut survenir à n’importe quel moment et exacerber les divisions au sein de la société libanaise. En fait, les tensions nées du conflit syrien se greffent sur des clivages confessionnels et partisans qui préexistaient. Le risque d’embrasement grandit de jour en jour. La frontière libano-syrienne est devenue poreuse.» Plusieurs obus se sont abattus ces derniers jours sur la région du Hermel, dans le nord de la plaine de la Beqaa.

La résistance contre Israël

Les violences sectaires ont plus d’une fois enflammé la ville côtière de Tripoli, dans le nord du Liban. Misbah Ahdab, ancien député de la ville pour le Mouvement du renouveau démocratique, dénonce les influences extérieures: «Le gouvernement syrien, avec ses relais libanais, s’immisce dans les affaires de la ville et joue les pyromanes. Tripoli est devenue une caisse de résonance du conflit syrien.» Il veut rallier les Tripolitains contre l’extrémisme: «La réponse contre l’alliance du Hezbollah avec Damas ne doit pas être le choix des armes, ou la création de milices djihadistes. Le Qatar tente d’exporter au Liban son djihadisme, mais nous n’en voulons pas. Notre tradition est différente, mystique et soufie, et n’a rien à voir avec le wahhabisme.»

A l’issue de l’attaque israélienne de 2006, le Hezbollah et son chef Hassan Nasrallah se prévalaient d’une victoire militaire. Leur popularité dépassait les frontières de la communauté chiite. «Mais désormais, même les chiites ne comprennent pas que leur parti soit totalement aux ordres de Téhéran. La légitimité du Hezbollah, c’est de résister contre Israël, pas de défendre les intérêts du clan de Bachar el-Assad», avertit Misbah Ahdab. Le 25 avril, les Israéliens ont abattu un drone qui survolait leur territoire et qui, selon eux, avait décollé de Beyrouth. Pour Joseph Bahout, «avec cette bravade, le Hezbollah montre qu’il n’a pas abandonné son objectif initial. Ce faisant, il rappelle aussi qu’il ne faudrait pas le sous-estimer car c’est un acteur régional majeur et il dispose d’un armement de technologie avancée.»