L'organisation de protection des droits de l'homme Mazlumder s'est spécialisée dans la défense des islamistes. Pour Sadi Çarsancakli, président de la branche stambouliote, une nouvelle chasse aux sorcières a commencé.

Le Temps: l'interdiction du port du foulard à l'université a été l'un des éléments déclencheurs de l'actuelle crise. Qu'en est-il aujourd'hui?

Sadi Çarsancakli: La prohibition du foulard est une atteinte aux droits de l'homme. Notre Constitution n'interdit aucunement le port du foulard, et il n'y a que trois universités dans le pays où cela pose problème. En 1993 deux jeunes filles qui s'étaient fait exclure des cours à cause d'une photo où on les voyait en foulard ont déposé un recours devant la Commission européenne des droits de l'homme et celle-ci les a déboutées. Aujourd'hui, les laïcs font valoir cette décision comme une loi et tentent de l'imposer partout.

– Le récent train de mesures annoncé par le premier ministre vous fait-il craindre une répression accrue?

– C'est un nouveau maccarthysme qui se prépare, une chasse aux sorcières. Aujourd'hui, les musulmans de Turquie sont dans la situation des juifs dans l'Allemagne hitlérienne… à la différence qu'ici, la population les soutient. Ils ne sont d'ailleurs qu'un bouc émissaire: en visant les islamistes, le pouvoir veut rogner sur toutes les libertés publiques.

– L'islam politique n'est pas précisément considéré comme le meilleur garant des libertés…

– Nous ne sommes pas en Algérie, ou en Arabie saoudite. Les intellectuels islamiques de Turquie pensent que la culture occidentale a de véritables valeurs, qu'ils partagent. Ils ont des solutions originales à proposer, concernant le droit du travail, l'écologie ou l'organisation des communautés pluriethniques. Ce serait dommage de les ignorer.

Propos recueillis par E. B.