Branle-bas diplomatique au siège de l’OTAN à Bruxelles. Les ambassadeurs des 28 pays de l’Alliance atlantique se sont réunis jeudi après-midi pour se voir expliquer par des responsables du Pentagone la nouvelle position des Etats-Unis à propos du projet très controversé de bouclier antimissile en Pologne et en République Tchèque.

La confirmation de l’abandon de ce bouclier par Washington pourrait aboutir à un réchauffement rapide des relations avec la Russie (farouchement opposée au projet). Elle modifie aussi la donne au sein de l’Alliance, comme devrait le montrer à partir de vendredi la réunion du comité militaire de l’OTAN (qui regroupe les chefs d’Etat-major des pays alliés) à Lisbonne.

Officiellement consacrée à l’Afghanistan, en présence du Commandant de la force internationale (ISAF), le général américain Stanley McCrystal, cette conférence au sommet va permettre d’entendre les réactions des hauts responsables militaires de Pologne et de République Tchèque, les deux pays choisis par l’administration Bush pour accueillir le fameux «bouclier» censé barrer la route à de futurs tirs balistiques en provenance d’Iran.

En 2008, Varsovie et Washington étaient parvenus à un accord sur le déploiement d’ici à 2013 en Pologne de dix intercepteurs de missiles balistiques de longue portée, couplés avec un puissant radar en République tchèque. Le commandant en chef américain de l’OTAN, l’amiral James Stavridis, et le nouveau responsable de la stratégie future de l’Alliance nommé la semaine dernière au QG de Norfolk (Virginie), le Général Français Stéphane Abrial, sont attendus à Lisbonne.

Pour l’OTAN, ce projet de bouclier antimissile en Europe de l’Est était une épine plantée dans le flanc de ses relations avec Moscou. «Le fait que les Etats-Unis installent un tel dispositif au cœur de l’Europe de l’Est envenimait toutes les discussions avec la Russie» confirme un diplomate en poste à Bruxelles. «Ce serait une nouvelle très positive», a d’ailleurs aussitôt commenté l’ambassadeur russe auprès de l’OTAN Dmitri Rogozine, devenu depuis le conflit en Géorgie d’août 2008 la bête noire de l’OTAN, dont il conteste sans cesse les provocations anti-russes. «Si l’abandon du bouclier antimissile devait être confirmé, cette question serait évidemment au centre de l’entretien bilatéral que le président Dmitri Medvedev doit avoir avec Barack Obama le 23 septembre à New York, en marge de l’assemblée générale de l’ONU», a poursuivi Dmitri Rogozine.

Opposée au projet, et jugeant le déploiement de missiles en Europe de l’Est comme une menace pour sa propre sécurité, la Russie avait proposé, début 2008, de coopérer à un système de défense balistique contre d’éventuelles menaces en provenance de pays comme l’Iran. Moscou avait notamment suggéré au Pentagone d’utiliser l’une de ses plus puissantes stations radars, située en Azerbaïdjan. Mais Washington avait refusé de nouveau. Le président russe Dimitri Medvedev avait de nouveau menacé en juillet de déployer des missiles dans l’enclave de Kaliningrad, faute d’accord avec les Etats-Unis.

L’abandon du bouclier antimissile Américain n’est toutefois pas une complète surprise. Depuis une dizaine de jours, la presse polonaise et tchèque s’était fait l’écho de cette volte-face de l’administration Obama. «Les signaux envoyés par les généraux du Pentagone sont absolument clairs: le gouvernement des Etats-Unis, concernant la défense antimissile, envisage d’autres solutions que les bases en Pologne et en République tchèque» avait affirmé le journal polonais Gazeta Wyborcza. Selon le quotidien polonais, les Etats-Unis souhaitent plutôt installer des missiles intercepteurs sur des navires et dans des bases en Israël et en Turquie, ainsi que «peut-être quelque part dans les Balkans».