L'organisation armée ETA a frappé de nouveau. Mardi, en fin d'après-midi, une voiture piégée a explosé au nord-ouest de Madrid dans un quartier résidentiel, faisant au moins six blessés. Cette explosion survient quelques heures après l'assassinat d'un entrepreneur au Pays basque. José Maria Korta, 52 ans, président de la patronale de Guipuzkoa, une des trois provinces basques, a été victime d'une explosion commandée à distance, alors qu'il se trouvait dans le parking de son entreprise, à Zumaia (nord). Cela semble confirmer que le monde de l'industrie basque constitue de nouveau une cible privilégiée de l'organisation armée. Au printemps, déjà, à Getxo – en Biscaye –, un entrepreneur avait de justesse échappé à la mort, alors que sa voiture avait été piégée par ETA.

La presse visée?

Ce nouvel assassinat fait suite à la mort de quatre personnes, survenue lundi soir vers 23 heures, résultat aussi d'une explosion à la voiture piégée. Leurs corps déchiquetés après la déflagration ont rendu difficile leur identification mais tout semble indiquer qu'ils étaient des membres de ETA. Il y a même fort à parier que les cibles réelles étaient des organes de presse. En vertu des autopsies réalisées à l'Institut médico-légal de l'hôpital de Bilbao, les quatre victimes seraient toutes de sexe masculin et, de source policière, il s'agirait de membres de l'organisation indépendantiste ETA. L'explosion a eu lieu dans la banlieue industrielle de Bilbao, dans le quartier de Bolueta, où se trouvent des rédactions de quotidiens tels que El Mundo et El Correo, ce qui pourrait indiquer que ces moyens de communication étaient la véritable cible.

Telle n'est pas la version des dirigeants et militants de Euskal Herritarrok, le bras politique modéré de ETA, lesquels, munis de drapeaux basques rouge, vert et blanc, et portant un crêpe noir en signe de deuil, se sont rassemblés hier matin devant l'établissement hospitalier où se trouvaient les victimes. Arnaldo Otegi, l'homme fort de Euskal Herritarrok, a appelé à une mobilisation massive pour demain, en signe de deuil et de protestation contre la mort des quatre etarras (membre de ETA) due, selon lui, à l'«Etat policier espagnol».

Parmi les quatre victimes etarras présumées figure, selon les enquêteurs, Patxi Rementeria, l'ancien chef du «commando Biscaya» et l'un des etarras les plus recherchés par la police. Membre de l'organisation depuis 1981 et âgé de 39 ans, l'homme était soupçonné d'avoir participé à une vingtaine d'attentats, dont le séquestre puis l'assassinat, en juillet 1997, du conseiller municipal du Parti populaire (PP, centre droit), Miguel Angel Blanco, dont la mort avait provoqué une vague d'indignation sans précédent dans toute l'Espagne. Selon une source policière, un autre activiste tué serait Antxon Sasiain, un ancien collaborateur du «commando Araba» qui avait fui en France en 1997. Ces morts d'etarras – si leur identité devait se confirmer – portent à 29 le nombre de membres de ETA tués accidentellement par leur propre bombe depuis que le groupe a engagé la lutte armée pour l'indépendance du Pays basque, en 1968.

L'ultime assassinat commis hier par ETA a, comme à l'accoutumée, provoqué l'indignation et la colère de l'ensemble du spectre politique espagnol, y compris de la part du Parti nationaliste basque (PNV, modéré), au pouvoir régional et qui maintient une alliance parlementaire avec Euskal Herritarrok. Ainsi, le maire de Bilbao, Inaki Azkuna, a exhorté les partis politiques à surmonter leurs divergences et à trouver un moyen de mettre fin aux violences. «Il y a trop d'attentats et pas assez de dialogue», a-t-il déploré. De son côté, Nicolas Redondo, chef de file des socialistes basques, a vivement condamné cet ultime «acte de canailles» contre une «personne qui a créé des emplois».

L'«étau démocratique» semble se resserrer autour des séparatistes basques. Lundi, le juge Baltazar Garzon a de nouveau inculpé 16 membres de Herri Batasuna, branche politique radicale de ETA, pour «appartenance à organisation armée». Pour autant, rien ne semble suffisant pour stopper l'offensive meurtrière très dure que mènent les séparatistes, impatients de voir leurs thèses souverainistes gagner du terrain.