«Liquidez les ghettos tchèques!»: il ne s'agit pas d'une incitation à la haine raciale, mais du slogan de la nouvelle campagne lancée par l'Homme en détresse (Clovek v tisni), l'une des principales ONG tchèques. L'expression «ghettos tchèques» désigne ces enclaves de pauvreté souvent situées à la sortie des villes, surtout dans le nord de la Bohême et de la Moravie, et presque exclusivement peuplées par des Rom en grave difficulté sociale. Il y a cinq ans, la République tchèque avait été montrée du doigt par la communauté internationale en raison de la construction d'un mur séparant les habitants «blancs» de la ville d'Usti nad Labem (Bohême du Nord) du quartier voisin habité essentiellement par des Rom.

Avec cette nouvelle campagne, lancée le 1er février dernier, l'ONG entend interpeller les Tchèques sur le sort des individus qui habitent dans ces localités délabrées et privées de tout. «Attirer l'attention des gens est important, explique Martin Simacek, responsable du projet. Nous constatons que, jusqu'à maintenant, le problème a été traité de manière superficielle. On parle de gens socialement non insérables, de «mauvais payeurs» – neplatici, un nouveau terme en tchèque qui désigne ceux qui ne paient pas leur loyer – mais on ne parle pas dans notre société des causes de cet isolement social, des conditions de vie, et des chances d'en sortir.»

La campagne se décline sous forme d'affiches dans les grandes villes du pays, d'encarts dans les journaux et d'un site internet (www.ceskaghetta.cz) «afin de décrire la vie dans les ghettos et d'expliquer les raisons qui poussent ceux qui y vivent à y rester: la pauvreté, le manque d'éducation, de qualifications, la difficulté d'accès au marché du travail, parfois les problèmes liés aux usuriers, aux loyers élevés, etc.», ajoute Martin Simacek. Son but, avec cette campagne, est d'engager «une vraie discussion sur des solutions adaptées».

Taux de chômage de 45%

D'après les études réalisées dans les pays de l'ancien bloc communiste, la situation des Rom de République tchèque (200 000 individus) n'est pas la pire. Le taux de chômage dans la communauté atteint néanmoins 45% et la récente décision du gouvernement d'abaisser le revenu minimum pourrait aggraver la situation de nombreux foyers entièrement dépendants des allocations sociales. Il y a un an, une décision similaire du gouvernement slovaque avait provoqué des émeutes dans les communautés tziganes de l'est du pays.

Début février, huit pays d'Europe centrale et orientale, dont la République tchèque, ont promis dans une déclaration commune signée à Sofia de «travailler à abolir la discrimination et à surmonter l'abîme inacceptable qui sépare les Rom du reste de la population». Avec l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007, les Rom, que les différentes statistiques estiment entre 7 et 12 millions, formeront la minorité la plus importante de l'UE.

L'«abîme» qui sépare les Rom du reste des Européens, l'actuel commissaire européen aux Affaires sociales, Vladimir Spidla, en a pris conscience, après deux années à la tête du gouvernement tchèque. Dans son agenda, présenté le 9 février dernier à Bruxelles, il a évoqué la lutte contre la discrimination des Rom et, constatant «qu'un nombre encore élevé de personnes n'accède ni à l'emploi, ni à la protection minimale en matière de ressources», il a annoncé que les mécanismes de revenu minimum des Etats membres seraient étudiés par la Commission.