La colère gronde à l’Union internationale des transports routiers (IRU). Réunies vendredi en assemblée générale, plusieurs associations membres de cette discrète mais riche organisation basée à Genève ont réclamé des comptes à la direction. Cette dernière est également dans le viseur de la justice genevoise. Le parquet confirme avoir ouvert une enquête pour «gestion déloyale» suite à la dénonciation en avril dernier d’un ex-employé.

Cet ancien secrétaire général adjoint de l’IRU, licencié en janvier dernier, accuse le secrétaire général Umberto de Pretto ainsi que son chef des opérations de dissimuler des centaines de millions de francs aux associations membres, dont l’Association suisse des transports routiers (ASTAG).

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Proposition de la direction

Ces énormes sommes sont issues des carnets de transport international routier (le sigle TIR à l’arrière des poids lourds) vendus par l’IRU à ses membres. En plus d’éviter les contrôles aux frontières, ces carnets permettent d’assurer les marchandises transportées. Une partie des primes d’assurances auraient été placées dans des paradis fiscaux, à l’île de Man ou aux Bermudes.

Vendredi, la direction a proposé de restituer 30 millions de francs à ses membres. L’IRU a aussi commandité un audit à Ernst&Young pour faire la lumière sur les accusations de son ancien cadre. Promis depuis des mois, le document n’était pas disponible pour l’assemblée générale de vendredi. «Il devrait être prêt en début de semaine prochaine», assure John Kidd, le porte-parole de l’IRU.

«Pas d’argent manquant»

Un résumé a toutefois été présenté aux membres hier. A l’issue de la réunion, le président de l’IRU estimait, dans une déclaration publiée sur le site de l’organisation, «qu’aucune preuve des allégations faites en avril» n’avait été trouvée par les auditeurs. «Il n’y a aucun argent manquant, tous les fonds sont comptabilisés et les lois fiscales suisses ont été respectées», assurait Philippe Labrot.

Ces explications sont loin de convaincre toutes les associations membres de l’IRU. «Nous ne nous contenterons pas de déclarations rassurantes. Nous avons besoin de faits», juge l’un d’entre eux, sous le couvert de l’anonymat. «Il est incontestable que nous n’étions pas au courant de ces commissions cachées versées à l’île de Man», a dénoncé pendant la réunion le représentant de l’association des transporteurs routiers roumains. Quant à l’audit, certains questionnent son impartialité. Lors d’une réunion en octobre, la Russie s’étonnait du fait que l’ancien secrétaire général adjoint, pourtant à l’origine de toutes ces révélations, n’ait pas encore été entendu par les auditeurs. L’IRU le leur avait interdit.