On a parlé de tant de phénomènes des municipales – les femmes, les dissidents, l'extrême droite en meilleure forme que prévu – qu'on oublierait presque un des phénomènes les plus intéressants de la consultation: la montée des jeunes. Ç'aura été une des chances de ces élections, sur lesquelles, comme jamais, les médias ont jeté leur dévolu. Le dépouillement du scrutin, comme la campagne elle-même, montre que de tout jeunes loups ont réussi à inquiéter de vieux briscards, apparemment sûrs de leur affaire, mais laissés, pour certains, sur le chemin dimanche soir.

Ainsi, à Blois, cet UDF Nicolas Perruchot, 34 ans, inconnu au bataillon a fait trébucher l'apparemment inamovible Jack Lang. Ou, à Strasbourg, cette Fabienne Keller, UDF toujours, qui a dû à la rivalité lamentable de deux socialistes de battre Catherine Trautmann. Une maire sortante qui, il y a quatre ans encore, était la reine et vedette d'une ville prise d'assaut par le Front national. Même sans l'avoir emporté, la normalienne Aurélie Fillippeti (27 ans), chez les Verts, s'est attaquée à Jean Tiberi dans le Ve arrondissement de Paris. La très rock'n'roll Clémentine Autain, 28 ans, apparentée PCF dans le XVIIe à Françoise de Panafieu. Quant à Anne Hidalgo, 41 ans, on l'a vue s'en prendre, dans le XVe, à Edouard Balladur lui-même. La jeune femme a d'ailleurs fait tant d'impression qu'il se pourrait que le nouveau maire de Paris, Bertrand Delanoë, en fasse une de ses futurs adjoints. Et que dire alors de la malheureuse Roxane Decorte, 28 ans, intronisée tête de liste de la droite dans le XVIIIe arrondissement. Parrain: Philippe Séguin, qui n'a pas tardé à la détrôner pour prendre sa place. Entre-temps, elle avait fait sensation.

Ce rajeunissement du personnel – en d'autres termes le changement de génération –, c'est non seulement la marque d'un certaine vitalité de la vie politique chez nos voisins. Mais aussi d'une féminisation accélérée. Ce peut être aussi un moyen inespéré de préparer la mise à l'écart de toute une classe d'hommes (et de quelques femmes peut-être) qui n'auront que trop encombré les allées du pouvoir. L'image de la politique a tout à y gagner.