Europe

Une poussée générale du populisme et d'euroscepticisme

Le phénomène d'extrême-droitisation a pris de l'ampleur à cause de la crise économique, mais aussi du flux migratoire

La victoire de l’UDC de dimanche correspond à une poussée générale des formations politiques souverainistes, eurosceptiques, populistes, voire d’extrême-droite, en Europe. «Ce phénomène n’est pas nouveau, mais prend de l’ampleur sur fond de crise économique mais aussi de la crise des réfugiés», analyse Pascal Delwit, professeur de Sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles.

Les partis extrémistes avaient fait une démonstration de force lors des élections européennes de mai 2014. Certains d’entre eux s’étaient même hissés à la première place, notamment au Danemark (26% des suffrages), en France (25%) et au Royaume-Uni (22%). Dans d’autres pays, ils étaient parvenus à la deuxième place. En Hongrie par exemple, le Jokkib talonnait le parti conservateur du premier ministre Viktor Orban, avec 15% des voix. Une exception notable: aux Pays-Bas, le Parti de la liberté de l’eurosceptique Geert Wilders avait reculé avec 12% des suffrages, contre 17% en 2009.

Toutefois, les gains au scrutin européen ne se sont pas toujours confirmés lors des consultations régionales ou nationales après mai 2014. Au Royaume-Uni par exemple, l’UKIP de l’anti-européen Nigel Farage n’a fait qu’élire un seul député aux législatives de mai 2015.

En Europe du Nord, les Démocrates de Suède qui ont leurs racines dans l’extrême-droite radicale, connaissent un succès fulgurant. Ils sont entrés au Parlement suédois pour la première fois en 2010 avec 5,7% des suffrages, mais sont devenus la troisième force politique après les législatives de 2014, en récoltant le double des voix. En Finlande voisine, les Vrais Finlandais font désormais partis de la coalition gouvernementale. Après leur succès aux législatives d’avril dernier, son patron l’anti-européen Timo Soini est ministre des Affaires étrangères.

A Vienne, le maire sortant Michael Haupl (socialiste) a certes retenu son fauteuil avec 39.5% des voix lors des élections municipales le 11 octobre dernier, mais le candidat de la droite populiste Heinz-Christian Strache en a récolté 32,2%.

L’Europe du Sud n’est pas épargnée non plus le phénomène d’extrême-droitisation. Le Mouvement 5 étoiles du populiste Bepe Grillo est la deuxième force politique en Italie. En Grèce, l’Aube dorée, parti extrémiste au slogan «La Grèce appartient au Grec» et dont des dirigeants sont inculpés pour meurtre est, à l’issue des législatives anticipées de 20 septembre dernier, la troisième force politique. Avec 6,99% de suffrages, le parti compte 18 députés, un de plus qu’aux législatives de janvier 2015.

Pascal Delwit met en cause la mutation profonde du continent européen qui se manifeste par la désindustrialisation, le chômage de longue durée et de changements sociodémographiques. «L’idée du déclinisme européen alimente des peurs, explique-t-il. Pour l’heure, les dirigeants des Etats européens ou de l’Union européenne ne parviennent pas à rassurer les électeurs. Par conséquent, ces derniers gonflent les rangs des abstentionnistes ou votent les formations extrémistes.»

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