Comment arrêter le Front national? Au vu des estimations disponibles dimanche soir vers 21h30, la question promet d’empoisonner le climat politique français jusqu’au second tour des élections régionales le 13 décembre, et bien au-delà. Arrivé en tête dans six régions sur treize, le parti de Marine Le Pen conforte sa position de première formation politique de l’Hexagone, même si son score national, autour de 28%, dépasserait de peu celui des Républicains de Nicolas Sarkozy avec 27%.

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La vérité des urnes est particulièrement cruelle pour les partis traditionnels dans trois régions que le FN paraît capable d’emporter dans une semaine: le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où Marine Le Pen dépasserait les 40% des voix, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où sa nièce Marion franchit les 41%, et le Grand Est (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes), où le vice-président du parti, Florian Philippot, dépasserait les 36%.

Le bénéfice d’une participation en hausse

Comment arrêter une pareille mobilisation? A l’évidence, le Front national a profité d’une participation en hausse (+4% par rapport à 2010), sans doute dopée par son implantation locale. Résultat: un redoutable fossé qui, dans le Nord comme dans le Midi, relègue loin derrière les partis traditionnels et les place devant une responsabilité historique. Une triangulaire au second tour, dans les trois régions où le FN est le mieux placé, permettrait à ce dernier de signer une victoire sans faille.

Le mot d’ordre de Nicolas Sarkozy, qui s’est hier soir à nouveau refusé à fusionner les listes des Républicains et du PS, devrait donc logiquement amener les socialistes à se désister. Lourde décision pour un parti qui avait, en 2010, raflé 21 régions sur 22. Le parti qui se désistera perdra tout élu au niveau régional pendant les six prochaines années.

Une France qui n’est pas complètement «bleu marine»

La France n’est pas encore «bleu marine», tant s’en faut. Au niveau national, le coude-à-coude entre le FN et les Républicains vient panser les plaies de la droite qui espérait rééditer sa victoire aux départementales de mars 2015 (66 départements contre 30 à la gauche), à l’issue desquelles le FN était reparti bredouille. Le problème est que la faille, désormais, devient béante. Face à une gauche capable de tenir ses positions dans les régions où elle était le mieux placée (Bretagne, Aquitaine, Languedoc-Roussillon), le camp conservateur est fracturé. Le contexte sécuritaire, la peur diffusée par les attentats du 13 novembre, l’inquiétude engendrée par les flux de migrants ont poussé le curseur plus à droite encore, du côté du FN.

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Pas étonnant dès lors que Marine Le Pen, dans son intervention depuis Hénin-Beaumont (Nord), ait choisi d’insister sur la «restauration de l’Etat et de ses valeurs fondatrices», ponctuant son discours d’une injonction à «changer les hommes pour changer le système». Habile, la promesse de la présidente du Front national de «reconquérir les territoires perdus de la République». Le pays ébranlé par le défi terroriste est désormais beaucoup plus sensible aux thèses défendues par l’extrême droite.

L’enjeu majeur du second tour

Place, maintenant, aux négociations. Elles devront se conclure d’ici à mardi 18 heures, date limite du dépôt des listes électorales pour le second tour. Les listes ayant obtenu plus de 5% pourront fusionner. Celles créditées de plus de 10% pourront se maintenir. La question, hier soir, était palpable au QG des Républicains de Nicolas Sarkozy qui peut difficilement se satisfaire des bons scores réalisés par la liste de Valérie Pécresse, arrivée en tête en Ile-de-France, ou de Laurent Wauquiez, en tête en Auvergne-Rhône-Alpes.

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Car cette vague FN d’hier ne fait pas qu’ébranler le pouvoir politique dans les treize régions. Elle donne, déjà, le ton de la prochaine présidentielle de 2017. Quelle attitude adopter, à droite, face au FN, lors des primaires prévues à l’automne 2016? Quid de l’affrontement programmé entre Nicolas Sarkozy, dont la ligne dure semble ne pas suffire à retenir les électeurs, et Alain Juppé, résolu à aller récupérer les électeurs centristes, voire à convaincre les électeurs de gauche?

Reste François Hollande et l’actuel gouvernement socialiste. Si le PS (23% au niveau national) parvient à conserver trois ou quatre régions, voire plus, l’Elysée pourra se féliciter de sa «digue». Mais difficile de croire que celle-ci pourra tenir, vu les bénéfices que semble tirer le FN de l’état d’urgence et des difficultés sécuritaires. Ce qui va se passer cette semaine, entre les deux tours, en dira long sur l’impensable: une possible victoire, ou non, de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017.