L'idée qui veut qu'en Europe, les petits pays soient plus dévoués au bien commun que les grands ne s'est pas démentie durant le semestre de présidence irlandaise de l'Union européenne qui s'achève ce soir. Arrivée juste après une présidence italienne plutôt surréaliste, l'équipe du premier ministre Bertie Ahern avait choisi en janvier dernier d'adopter un profil bas déclarant vouloir avant tout gérer au mieux l'élargissement, ce qu'elle fit, avec pragmatisme. Au lendemain de l'échec du sommet de décembre, où les Vingt-Cinq avaient complètement échoué à se mettre d'accord sur une Constitution, Bertie Ahern s'était même montré extrêmement prudent: il semblait alors partager l'avis général qui voulait qu'un accord sur un Traité constitutionnel ne serait pas possible avant fin 2004.

Ce démarrage très discret a donc mené à un dénouement en fanfare. «Ils [les Irlandais] ont rempli le contrat au-delà de ce qui leur avait été demandé. Personne ne pensait qu'ils parviendraient à faire passer la Constitution qu'on croyait renvoyée à la présidence néerlandaise», souligne un diplomate bruxellois qui note qu'on ne peut être «qu'élogieux» à leur sujet. «Ils ont peut-être eu la chance de passer après les Italiens, ce qui a fait apprécier d'autant plus leur transparence, leur politique des petits pas et leur fiabilité, poursuit-t-il. Prévisibilité, modestie et efficacité, ont été les maîtres mots» de leur travail. Une Constitution adoptée donc, mais pas sans que les lignes rouges britanniques en matière de fiscalité notamment – qui étaient aussi celles des Irlandais – y figurent en bonne place. «Si l'on veut mettre un bémol, convient cette source européenne, on peut remarquer qu'ils n'ont pas perdu de vue leurs intérêts.»

Reconnaissance suisse

Les Suisses se souviendront peut-être que c'est sous les auspices irlandais qu'on été conclues et paraphées les bilatérales bis. Une bonne chose pour Berne qui a ainsi évité de se heurter aux Néerlandais, toujours très intransigeants face aux demandes particulières des Suisses, et qui dès demain, 1er juillet, présideront à leur tour pour six mois aux destinées de l'Union.