Le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, n'a plus le droit de mettre les pieds sur le sol de l'Union européenne depuis septembre 2004. Mais ses opposants ne sont pas soumis au même régime. Alexandre Milinkevitch, 58 ans, candidat de l'opposition à l'élection présidentielle du 19 mars, est en tournée européenne. Après la Pologne la semaine passée, il était mardi à Bruxelles où il a multiplié les contacts de haut niveau.

L'Union européenne, sous l'impulsion de ses nouveaux pays, Lituanie et Pologne en tête, durcit nettement sa position face à la Biélorussie - «la dernière dictature d'Europe» selon la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice. Les Vingt-Cinq ont répété lundi qu'ils renforceraient les sanctions qui frappent les officiels biélorusses en cas d'irrégularités le 19 mars. La Commission européenne s'est aussi lancée dans une expérience inédite, qui ne va pas sans évoquer «Radio Free Europe» et les méthodes appliquées par les Américains aux pays de l'ex-bloc soviétique. Depuis le 1er novembre, elle finance quinze minutes de programme radiophonique quotidien produit par Deutsche Welle à destination du public biélorusse. Elle vient en outre de désigner un consortium de médias (polonais, lituanien et russe), chargé de diffuser des émissions de radio et de télévision en Biélorussie.

Contourner la censure

Afin de contourner la censure qui frappe la presse et des médias du pays, Bruxelles espère que ces émissions débuteront à temps pour jouer un rôle dans la campagne électorale. Bruxelles nie tout contrôle éditorial sur le contenu des émissions. Reste que la Commission a essuyé quelques critiques. Faute de moyens pratiques, nombre d'émissions seront en langue russe, ce qui fâche les partisans du biélorusse. La présence d'un média russe au sein du consortium - dont la Commission défend l'«indépendance» - inquiète aussi ceux qui dénoncent l'influence de Moscou sur le pays.

D'ailleurs, depuis lundi, Alexandre Milinkevitch réclame à ses interlocuteurs européens de «faire pression sur Moscou» pour que celui-ci cesse son soutien au régime de Loukachenko. Pour un homme qui n'est qu'un candidat parmi les cinq adversaires d'Alexandre Loukachenko, Alexandre Milinkevitch a pu plaider sa cause tel un ministre ou un chef d'Etat, face à Javier Solana, le haut représentant pour la politique étrangère de l'UE, et à Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne en charge des relations extérieures. Il a rencontré les chefs de la diplomatie européenne les plus en pointe sur la question biélorusse, notamment le Polonais et le Lituanien. Il s'est aussi entretenu avec le président du Parlement européen, Josep Borrell, avant de rencontrer les chefs de groupe politique à l'invitation d'un député polonais, Bogdan Klich.

En déroulant le tapis rouge pour Alexandre Milinkevitch, l'UE a emboîté le pas au parlement polonais qui, le premier a pris l'initiative de recevoir, la semaine passée, cet opposant. Selon un sondage Gallup, Milinkevitch est crédité de 16,8% des intentions de votes dans ce pays de près de 10 millions d'habitants, contre plus de 54% à Alexandre Loukachenko.