Pays-Bas

Une recette néerlandaise pour contrer le populisme?

Le premier ministre Mark Rutte a mieux résisté que prévu à la poussée populiste lors des législatives de mercredi. Mais il serait faux de parler d’une défaite de Geert Wilders

On criait au loup, dont l’arrivée semblait imminente, mais il n’est pas venu. Le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) a recueilli 33 sièges sur les 150 que compte le parlement, six de plus que ce qu’on lui créditait (mais 8 de moins qu’en 2012). Quant à Geert Wilders, le leader populiste et xénophobe, il n’obtiendrait que 20 sièges, une dizaine de moins que ce qu’on annonçait il y a quelques mois (mais 5 de plus qu’en 2012). L’éditorial du très respecté quotidien néerlandais NRC résume l’impression générale: «Les Néerlandais se sont réveillés ce matin dans un pays normal». Y a-t-il une recette pour contrer le populisme qui pourrait être appliquée ailleurs?

Des raisons objectives expliquent les résultats décevants de Geert Wilders. D’abord, l’actuel gouvernement n’a pas – contrairement à celui de Manuel Valls en France – suscité un rejet radical. Il n’y avait pas comme aux Etats-Unis ou en France un désir d’alternance. Le premier ministre Mark Rutte sortant a pu s’appuyer sur son excellent bilan: avec une croissance de 2,3%, l’économie se porte mieux que dans la plupart des pays d’Europe, quant au chômage il ne cesse de baisser et a atteint son plus bas niveau depuis 2011 à 5,3%.

Enorme participation

Ensuite, en droitisant son discours politique Mark Rutte a réussi à séduire une partie des Néerlandais qui craignent un afflux massif d’étrangers en provenance de pays musulmans. Près de 40% des électeurs hésitaient encore dans la dernière ligne droite. La crise turque est arrivée fort opportunément à quelques jours du scrutin et a certainement pesé dans la balance. Elle a permis à Mark Rutte d’apparaître ferme, sinon intransigeant, et responsable face aux gesticulations et menaces du président turc Recep Tayyip Erdogan. Mark Rutte a aussi joué sur l’imminence du péril populiste, le «populisme de mauvais aloi» qu’il a fustigé. Cette urgence face au danger a dopé la participation (80,2%), ce qui a profité aux partis mobilisés contre Geert Wilders.

Lire aussi: «A Volendam, tout va bien et pourtant le populisme progresse»

Enfin, si on constate aux Pays-Bas comme ailleurs en Europe un désintérêt pour les partis du centre, dits modérés, au profit des extrêmes à gauche et à droite, ce mouvement, aux Pays-Bas au moins, est moins rapide que d’aucuns le pensaient: les électeurs de plus de cinquante ans préfèrent en majorité accorder leur confiance à des partis traditionnels.

Wilders conforté dans son rôle de victime

Plus généralement, aux Pays-Bas, un peu comme en Suisse, les électeurs hésitent à donner carte blanche aux partis qui refusent les compromis. Le refus de la plupart des leaders politiques de travailler avec Geert Wilders a joué contre ce dernier, perçu comme trop éloigné du spectre acceptable. Les régimes parlementaires (les Pays-Bas sont une monarchie constitutionnelle avec un système électoral à la proportionnelle rendant nécessaire de former une coalition pour gouverner) favorisent les gouvernements issus de compromis, forcément modérés, comme en Suisse, et résistent mieux, dans une certaine mesure, à la poussée populiste.

A l’annonce des résultats, Geert Wilders a clamé sa volonté de participer au prochain gouvernement. Il s’est aussi félicité du score obtenu: «Nous étions le troisième plus grand parti des Pays-Bas. Maintenant, nous sommes le second. La prochaine fois, nous serons le premier!» Certes son parti n’a pas obtenu autant de sièges qu’en 2010, mais il fait mieux qu’en 2012, et consolide sa présence sur la scène politique. Ce n’est pas une défaite pour Geert Wilders. Cependant, faute d’accord avec les autres partis, ce dernier n’entrera pas au gouvernement. Ce qui le confortera dans le rôle de victime ostracisée par les élites. Un discours qui pourrait lui rapporter de nouveaux soutiens.

Longues négociations

Les travaillistes du PvdA, partenaires de la coalition sortante, sont les grands perdants du scrutin: ils passent de 38 à 9 sièges seulement. D’une part, ils souffrent du discrédit que connaît la gauche modérée dans de nombreux pays, la France et le Royaume-Uni notamment. De l’autre, intégrés à un gouvernement majoritairement positionné à droite, ils n’ont pu influencer les décisions importantes et ont perdu leur crédit. Leurs électeurs se sont reportés sur le parti de la Gauche verte (GroenLinks) qui apparaît comme le grand vainqueur de ces élections. Echaudés le PvdA ne participera pas à la prochaine coalition, ni vraisemblablement la Gauche verte, prévenue du risque.

Le début d’une entente semble s’esquisser entre le VVD de Mark Rutte et les deux partis arrivés en troisième position avec chacun 19 sièges, respectivement le CDA (Appel chrétien-démocrate) et le D66 (Les progressistes). A trois, ils totaliseraient 71 sièges, à 5 sièges de la majorité nécessaire. Surtout, leur orientation politique à droite pourrait constituer un socle solide pour le prochain, encore faudra-t-il trouver les 5 sièges manquants; les regards se tournent vers les chrétiens du CU (5 sièges) et vers le parti protestant rigoriste du SGP (3 sièges). Les mauvaises langues prédisent des négociations de plusieurs mois, mais en l’absence de divergences majeures entre eux, le mariage pourrait se conclure rapidement.

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