Le ciel s'obscurcit pour ce que l'Elysée appelle «la plus grande réforme de la Ve République depuis 1958». Mardi, les députés socialistes ont annoncé qu'ils s'opposeraient, en première lecture, au projet de révision de la Constitution. Leur position risque d'être déterminante car le gouvernement a besoin d'une majorité élargie - trois cinquièmes des parlementaires des deux assemblées - pour faire adopter ce projet.

Cette décision pourrait cependant être inversée d'ici à juillet, date proposée pour le vote définitif. Mais les socialistes exigent des concessions sur deux points: la réforme du mode d'élection au Sénat, dominé par la droite depuis cinquante ans, et la limitation du temps de parole du président dans les médias audiovisuels. Ces demandes, qui ne sont pas de nature constitutionnelle, sont jugées «hors-sujet» par l'Elysée.

La réforme de la Constitution vise à offrir au parlement plus de maîtrise sur son ordre du jour. Actuellement, celui-ci est très largement déterminé par l'exécutif. Deux éléments saillants, qui ne figuraient pas dans le projet initial de Nicolas Sarkozy, ont été rajoutés lors des débats parlementaires. Il s'agit d'un référendum obligatoire sur l'adhésion à l'Union européenne de tout pays représentant plus de 5% de la population de l'UE, soit environ 24,5 millions d'habitants. La Turquie, mais aussi l'Ukraine ou la Russie seraient concernées.

L'autre disposition est un «référendum d'initiative populaire» qui serait sévèrement encadré: il faudrait l'accord de 120 parlementaires et la signature de quelque 4 millions d'électeurs pour l'actionner.