Sommet de Lisbonne

Une réforme drastique de l’OTAN s’est engagée

Au sommet de Lisbonne, la nouvelle stratégie de l’Alliance a été validée. Son projet de bouclier antimissiles en Europe ira de l’avant. Mais au vu des réductions budgétaires, l’organisation devra faire plus avec moins

Anders Fogh Rasmussen et Barack Obama l’ont redit en ouverture du sommet de Lisbonne: l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) doit se «revitaliser». Pari tenu pour le secrétaire général de l’OTAN et le président des Etats-Unis. Adopté sans ciller par les vingt-huit pays de l’Alliance, son nouveau concept stratégique 2010-2020 rompt avec l’idée d’une armada centrée sur la défense territoriale.

L’article 5 de la charte de l’OTAN, qui énonce qu’une attaque contre un membre est une attaque contre tous, est réaffirmé. Mais les ennemis n’ont plus rien à voir avec les divisions de chars du bloc soviétique contre lesquels l’Alliance, crée en 1949, se développa. Le livre bleu brandi en séance par le secrétaire général de l’Alliance fait de la cyberguerre, des attaques terroristes ou des menaces balistiques en provenance «d’Etat-voyou» les nouveaux objectifs assignés à la plus puissante coalition militaire moderne. Laquelle va, ce samedi à Lisbonne, réitérer sa promesse de «finir le travail en Afghanistan» où les 130 000 hommes de la Force Internationale d’Assistance (ISAF) ont, depuis quelques semaines, repris l’initiative.

Problème: cette «revitalisation» pose la question des moyens et de la réforme d’une organisation encore dotée de treize quartiers généraux et quatorze agences civilo-militaires! Rien qu’à son commandement «planification» de Norfolk, aux Etats-Unis, 600 soldats et officiers cogitent sous les ordres du Général Français Stéphane Abrial pour concrétiser la nouvelle stratégie.

Une bureaucratie dévorante, alors que tous les pays européens mettent leurs armées au régime sec. Les budgets défense des pays de l’UE sont tous en dessous de 2,5% du PIB, contre 4,7% pour les Etats-Unis. Beaucoup de petits et moyens pays, très tributaires de l’OTAN pour leur défense (l’Alliance assure le patrouillage aérien des pays Baltes) sont même autour des 1%. Résultat: l’amaigrissement est programmé. L’effectif de l’OTAN devrait tomber à 9000 personnes (contre 13500), répartis sur sept QG. Autour de trois pôles d’activité: acquisition, soutien (notamment la maintenance des avions radars Awacs acquis en commun et des avions C17 de transport stratégique) et renseignement.

Le fossé entre la volonté affichée à Lisbonne et la réalité est encore plus criant pour le projet de bouclier antimissile que le sommet a remis sur les rails. L’administration Bush avait été décriée pour vouloir installer, en Pologne et en République tchèque, des radars et des batteries antimissiles dirigées officiellement contre l’Iran, mais considérés par la Russie comme une atteinte inacceptable à sa sécurité.

Tournant radical

Dès leur première séance de travail vendredi, les vingt-huit pays de l’Alliance ont, selon Barack Obama, enregistré «des progrès substantiels» sur la mise en œuvre d’un dispositif antiballistique auquel la Russie a été «invitée à participer». Ce samedi après midi, le président Russe Dimitri Medvedev, présentera d’ailleurs à Lisbonne les propositions de Moscou pour s’intégrer à ce bouclier dont le contrôle politique, la nature technologique et les implantations géographiques restent flous.

Sa facture, en revanche, s’annonce déjà difficile à éponger: loin des 200 millions d’euros sur dix ans avancés par le Pentagone, ce parapluie devrait coûter un milliard d’euros à l’OTAN pour la prochaine décennie. S’y ajouteraient jusqu’à vingt milliards pour les Etats-membres chargés de l’infrastructure (radars, intercepteurs, bases, forces..). Les pays non membres de l’Otan, mais protégés par celle-ci comme la Suisse ou les autres pays neutres de l’UE, pourraient devoir contribuer. N’empêche: il y là de quoi assécher les ressources des alliés, obligés par ailleurs de compter avec la délicate équation de la Turquie, à la fois indispensable et frontalière de l’Iran.

Impossible par conséquent, de se passer du volet politique. Le président Obama, résolu à aller de l’avant avec les négociations START qui se tiennent à Genève entre les Etats-Unis et la Russie sur la réduction de leur arsenal nucléaire, a obtenu à Lisbonne le soutien des alliés. «Retarder la ratification de ce traité nuirait à la sécurité de l’Europe» a affirmé Anders Fogh Rasmussen.

Autre compromis: le nouveau concept stratégique de l’OTAN n’appelle pas au désarmement atomique pour y substituer la défense antimissile, comme le souhaitait l’Allemagne, opposée à la France. La dissuasion, énonce finalement le texte, reste «articulée autour d’une combinaison appropriée de capacités nucléaires et conventionnelles». Et de trancher: «Aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’Otan restera une alliance nucléaire».

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