C’est un vote historique qui s’est tenu dans la nuit de dimanche à lundi sur la colline du Capitole à Washington. Une victoire qui couronne les efforts de plusieurs générations d’élus démocrates. Le point d’orgue, enfin, d’une année de feuilleton politique. Par 219 voix contre 212, la Chambre des représentants a voté la réforme du système de santé sur laquelle Barack Obama avait parié sa présidence.

«Le Congrès américain a enfin décidé que les travailleurs, les familles et les propriétaires de PME de ce pays méritaient d’être protégés contre la maladie ou l’accident qui pourrait réduire à néant ce qu’ils ont mis une vie à bâtir», s’est félicité le président des Etats-Unis à l’issue du vote. «Alors que tous les commentateurs s’accordaient à dire que c’était impossible, ce soir, nous avons surmonté la pesanteur de notre système politique. [...] Nous avons prouvé que nous étions un peuple encore capable de grandes choses», par-delà les intérêts particuliers et les manoeuvres électorales, a-t-il encore déclaré, en introduction d’un discours sobre.

En janvier, et notamment à l’occasion du premier bilan de la présidence de Barack Obama, la réforme du système de santé avait été donnée pour morte, lorsque les démocrates ont perdu leur majorité de 60 voix au Sénat avec l’élection surprise, dans le Massachusetts, du républicain Scott Brown.

Un prix à payer en novembre Une victoire, donc, pour le camp présidentiel, mais qui aura son prix en novembre lors des élections de mi-mandat, assurent d’ores et déjà les républicains ulcérés. Aucun d’entre eux, dimanche, n’a voté en faveur de la réforme, et 34 démocrates l’ont également refusée, parmi lesquels, rappelle le Wall Street Journal, des élus dont les districts tendent à voter républicain. Et pour nombre de démocrates qui ont voté pour, les comptes seront difficiles à rendre auprès de leurs électeurs, estime le site web spécialisé Politico.

L’opposition, en effet, ne manquera pas de rappeler, tout au long des mois à venir, l’impopularité de cette réforme et d’entretenir l’effervescence autour de ce débat pour assurer son retour à la majorité. Les démocrates quant à eux tenteront de regagner une base électorale en focalisant l’agenda politique sur des sujets populaires et sur lesquels il leur sera possible de gagner un soutien bi-partisan, comme la régulation du système financier, ou la réforme du programme éducatif «No Child Left Behind», à en croire les spécialistes.

Vers une couverture universelle Le texte voté dimanche doit amener quelque 32 millions d’Américains supplémentaires à bénéficier d’une assurance maladie. Entre autres effets de la réforme, la couverture par la caisse fédérale Medicaid, jusqu’ici réservée aux plus pauvres, sera étendue aux familles gagnant jusqu’à 88’000 dollars par an, et les assureurs privés ne pourront plus, comme c’est le cas aujourd’hui, refuser les personnes ayant des antécédents médicaux. Les employeurs auront l’obligation, sous peine d’amende, de couvrir leurs employés. Le bureau du budget du Congrès estime que d’ici 2019, 95% des personnes résidant légalement aux Etats-Unis pourront être couvertes par une assurance maladie, soit 83% de plus qu’actuellement.

Les grands bénéficiaires de cette réforme sont ceux qui, jusqu’à présent, n’étaient pas couverts par une assurance maladie, soit parce qu’ils ne pouvaient pas se le permettre, soit parce qu’aucun assureur ne voulait d’eux, rappelle le New York Times. Mais pour la majorité des Américains, qui sont couverts par leur employeur auprès d’une assurance privée, la réforme assurera aussi une plus grande sécurité et une meilleure prise en charge. A cet égard, les associations de consommateurs ont largement salué le vote.

Selon les estimations du bureau du budget du Congrès, la réforme coûtera quelque 940 milliards de dollars sur 10 ans, mais par rapport à un statu quo, le budget fédéral se trouvera allégé de 138 milliards de dollars. Des chiffres raillés par les opposants à la réforme: «Il n’y a qu’à Washington que l’on peut voter une dépense de mille milliards de dollars tout en se persuadant qu’il s’agit d’une économie», ironisait hier le républicain Mike Pence.

Nouvelles taxes Le financement de ces réformes passera par de nombreuses nouvelles taxes, qui toucheront les industries les plus diverses. Les plus touchés seront cependant les assureurs, les entreprises pharmaceutiques et les fabricants d’instruments médicaux, chez qui, durant les 10 prochaines années, 108 milliards de dollars de nouveaux impôts seront prélevés, indique le Wall Street Journal. En outre, les familles dont les revenus dépassent 250’000 dollars par an payeront un supplément prélevé sur l’ensemble de leurs revenus, y compris les revenus de la fortune, comme les dividendes par exemple.

Cette victoire démocrate a été rendue possible par une concession de dernière minute à propos du financement de l’IVG. Une demi-douzaine de démocrates anti-avortement ont fini par se rallier à leur majorité en échange de la promesse que la loi ne permettrait pas le remboursement des frais liés à l’interruption de grossesse.

La Chambre des représentants a également voté dimanche soir un texte de «réconciliation» sur les modifications adoptées par le Sénat en novembre. Ce dernier doit donc encore se prononcer sur ces éléments, ce qui devrait donner lieu à un houleux débat et de possibles blocages politiques cette semaine encore.