Retour à la normale, vraiment? C’est ce lundi que les contrôles aux frontières intérieures imposés par la crise du Covid-19 feront officiellement partie du passé. Une étape que la Commission européenne appelait de ses vœux depuis quelques semaines, convaincue que ces mesures n’ont pas «été efficaces pour combattre la pandémie», comme l’a dit jeudi la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson.

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Mais ce n’est pas si simple. Des exceptions demeureront et, dans certains cas, l’accueil ne se fera pas forcément à bras ouverts. Les pays n’ouvriront pas non plus leurs frontières tous en même temps, procédant pour certains d’abord par voie terrestre ou maritime, et un peu plus tard par voie aérienne.

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Contrôles et quarantaine

Il y a d’abord la catégorie de ceux qui ne rouvriront pas vraiment lundi. L’Espagne a ainsi indiqué qu’elle ne pourrait pas tenir la date du 15 juin pour une normalisation totale aux points de passage terrestres. Avec la France, les Espagnols continueront par exemple d’effectuer des contrôles jusqu’au 22 juin et d’appliquer des mesures de quarantaine pour toute arrivée sur le sol espagnol, même en provenance de l’espace Schengen. La France rendra la pareille pour toute personne venant d’Espagne, en vertu du principe de réciprocité.

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A partir du 22 juin, en revanche, toutes les arrivées devraient se normaliser en Espagne, à l’exception de la frontière avec le Portugal, qui restera contrôlée jusqu’au 1er juillet, a annoncé dimanche le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez.

La quarantaine obligatoire, c’est aussi le choix du Royaume-Uni pour le moment. Londres exigera au moins jusqu’au 1er juillet un test de dépistage à l’arrivée sur son sol et l’auto-confinement pendant une semaine à tout voyageur, même si le gouvernement serait sur le point d’assouplir cette consigne.

Certains pays, comme la France, recommandent la même quarantaine pour les voyageurs provenant du Royaume-Uni. Tout comme l’Autriche, qui rouvre ses frontières à tous le 16 juin mais imposera encore des mesures de tests et une éventuelle quarantaine aux voyageurs du Royaume-Uni, de Suède, d’Espagne et du Portugal.

Le mauvais élève suédois

Sur le papier, le principe de réouverture des frontières est très simple: il peut être réalisé si la situation sanitaire d’un pays est bonne et s’est améliorée ces deux dernières semaines. Le critère? Avoir rapporté sur les quatorze derniers jours moins de 100 infections pour 100 000 habitants. Il faut aussi évaluer si les autres pays ont adopté des mesures sanitaires similaires pendant la crise, comme l’usage de masques, la distanciation sociale ou les tests de dépistage.

Dans ce contexte, la situation de la Suède – et dans une moindre mesure celle de la Belgique ou de la Pologne – est plus délicate. A Stockholm, l’annonce a fait l’effet d’un séisme la semaine dernière: la Finlande a annoncé que les voisins suédois, qui n’ont pas opté pour une politique de confinement, ne pourraient pas revenir librement dans le pays. Helsinki estime que la situation sanitaire de son voisin n’est pas encore sous contrôle et que le nombre de décès reste très élevé par rapport aux autres pays nordiques. Pourtant, nouvel exemple de cette géométrie variable dans la réouverture de l’Europe, les Suédois sont les bienvenus en France. «Ils n’appliquent pas de restrictions pour les Français, alors nous non plus», glisse un diplomate français.

La Finlande continuera par ailleurs d’appliquer d’autres restrictions et mesures de quarantaine à une partie des Européens après le 15 juin. Quant au Danemark, il maintiendra aussi des restrictions pour la Suède et, peut-être pendant tout l’été, pour un grand nombre de pays de l’UE. Seule une poignée de visiteurs pourront s’y rendre sans tracas, comme les voisins allemands.

La route des vacances

La migration estivale des Européens vers le sud du continent pourra-t-elle avoir lieu? L’Italie l’espère. Rome a pris de court ses partenaires en accueillant tout voyageur venant d’un pays de l’UE ou de l’espace Schengen depuis le 3 juin déjà. En Grèce, les voyageurs en provenance d’une liste de 29 pays seront autorisés dès lundi à revenir sans auto-confinement obligatoire ni tests systématiques. La Suisse y figure, comme l’Autriche, l’Allemagne, la Hongrie ou la Bulgarie. Ce n’est en revanche pas le cas de la Belgique, de la France ou de l’Italie. Les voyageurs de ces pays-là continueront donc d’être a priori soumis au moins jusqu’à la fin du mois à des tests systématiques et à une quarantaine de sept jours. Comment s’y retrouver dans ce patchwork de mesures nationales? La Commission européenne doit lancer la semaine prochaine un site web dont le nom vaut programme: Reopen-EU.