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Emmanuel et Brigitte Macron sortant de l’isoloir dimanche au Touquet, dans le nord de la France. 
© AP Photo/Christophe Petit-Tesson, Pool

France

Une République en marche, mais très divisée

Moins d’un électeur français sur deux s’est déplacé dimanche pour le premier tour des législatives. La nette victoire du parti pro-Macron doit être pondérée par cette fracture

Emmanuel Macron est bien parti pour disposer d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale le dimanche 18 juin. Avec 32,3% des suffrages, et une projection qui lui accorde entre 400 et 455 députés (majorité absolue 289) si la dynamique est confirmée au second tour dimanche prochain, «La République en marche!» est devenue hier soir le premier parti de France. Ce mouvement, qui tiendra son congrès fondateur en juillet, présentait 529 candidats sur les 577 sièges de députés en lice, dont 75 en provenance du MoDem, le micro-parti centriste de François Bayrou. Il est désormais la première force politique hexagonale, suivi par le parti de droite Les Républicains avec 21,56% des suffrages (entre 70 et 130 sièges), et par le Front national avec 13,20% des voix (de 1 à 10 sièges). Le parti d’extrême droite se retrouve très loin du score record de 10,6 millions de voix obtenu par Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Son rêve d’obtenir une cinquantaine de députés paraît aujourd’hui impossible.

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Un parti socialiste en lambeaux

Ce scrutin aura fait surtout deux grands perdants. Premier constat: la France divisée de la présidentielle ne s’est pas réconciliée en un mois. Les fractures sont béantes. Malgré des débuts jugés réussis, le président Emmanuel Macron n’a pas convaincu ses compatriotes de se rendre massivement aux urnes. Un Français sur deux ne s’est pas déplacé dimanche, et l’abstention record de 51,29% est la plus forte depuis… 1958. C’est une mauvaise nouvelle pour la démocratie française, même si la lassitude électorale est compréhensible dans ce pays après la primaire ouverte de la droite en novembre 2016, celle du PS en janvier 2017, et les deux tours de la présidentielle le 23 avril et 7 mai 2017. L’Hexagone reste donc profondément divisé. Les anti-Macron, à l’évidence, ont choisi de bouder les urnes. La confiance s’annonce comme le grand défi de ce quinquennat.

Second perdant: le Parti socialiste. Le parti qui détenait la majorité absolue sous le quinquennat précédent de François Hollande est en lambeaux, avec environ 10% des voix. Il pourrait n’obtenir dimanche prochain qu’une trentaine d’élus, soit moins qu’à l’issue de l’élection législative fatale de 1993 qui l’avait vu tomber à 52 députés. Cette défaite était attendue, et elle est conforme au score historiquement bas de son candidat Benoît Hamon le 23 avril dernier, avec 6,8% des suffrages.

Lire également: Législatives: La République en marche, premier parti de France

Point important: le transfert de voix ne s’est pas complètement opéré en faveur de La France insoumise, le mouvement de gauche radicale conduit par Jean-Luc Mélenchon. Certes, cette formation obtient 13,74% des suffrages pour une projection de 10 à 23 députés, PCF inclus. La bataille à gauche promet dès lors d’être redoutable. La confusion des étiquettes, derrière l’appellation «Majorité présidentielle», a sans doute déboulonné les électeurs qui n’ont pas compris au milieu des candidats – 14 en moyenne par circonscription – qui représente vraiment la droite, la gauche, ou le soutien au président Macron.

Tous les leviers du pouvoir pour réformer le pays

Emmanuel Macron doit maintenant en tirer les conséquences. La dynamique de son élection présidentielle, avec 66,1% des voix, est confirmée. Il devrait disposer dimanche prochain de tous les leviers du pouvoir pour réformer la France. Son pari d’une nouvelle génération politique est couronné de succès. Mais comment jeter des ponts pour convaincre les électeurs qui l’ont boudé de ne pas entrer dans une logique d’affrontement et d’opposition violente? La France est submergée par une vague «En marche» qui pourrait bien s’écraser sur les reliefs de sa vie politique.

Le second tour, surtout, demandera une fine stratégie électorale. Il était encore trop tôt, à l’heure d’écrire ces lignes, pour savoir combien de députés ont été élus au premier tour (la majorité de gauche en avait obtenu 25 en juin 2012) et combien de circonscriptions se retrouveront avec des triangulaires (il faut 12,5% des inscrits pour se maintenir). On peut penser que, au vu de la très faible participation, la plupart des sièges se joueront à la faveur de duels. Une mobilisation anti-FN est aussi probable, ce qui devrait contrecarrer les plans de l’extrême droite et accroître les divisions au sein du parti toujours présidé par Marine Le Pen.

La France d’Emmanuel Macron est victorieuse. La République en marche! paraît assurée d’avoir à l’Assemblée le plus grand groupe parlementaire. Sacré défi pour une formation née voici à peine un an, face à un pays encore déboussolé.

Lire le commentaire: Cette France qui refuse Macron

 


Les inconnues

L’ancrage local et la participation pourraient limiter quelque peu la vague Macron

Les législatives françaises se jouent à deux tours. Rien n’est donc complètement fixé à l’issue du scrutin de ce dimanche. Le premier facteur qui influera sur les résultats définitifs, la semaine prochaine, sera la participation. Tout dépendra ensuite de la configuration des affrontements électoraux. «Les Français souhaitent que l’action engagée par Emmanuel Macron depuis son élection soit poursuivie. Ils ont exprimé leur choix d’une majorité cohérente et large pour être plus efficaces», a justement noté la présidente de La République en marche!, Catherine Barbaroux. Avant de reconnaître l’exigence d’«humilité» imposée par la très faible participation.

Lire encore: Qui a résisté, ou pas, à La République en Marche?

Un point crucial, dans la semaine à venir, sera celui de l’ancrage local. Permettra-t-il de résister à la vague Macron? Les «nouveaux visages» de LREM devront tenir encore une semaine pour s’imposer, y compris en Suisse, où un second tour a été imposé par la loi malgré les 63,9% obtenus le 4 juin par le candidat pro-Macron Joachim Son-Forget. Le mot d’ordre de retrait pour faire barrage au Front national a également été annoncé par le parti présidentiel. Alors qu’une très large majorité paraît acquise, un suspense principal pèsera donc sur cette semaine: celui de la capacité du Front national, et de la gauche, à mobiliser leurs troupes pour éviter d’être décimés. Marine Le Pen, créditée de 45% dans sa circonscription à Hénin-Beaumont n’est pas encore à l’Assemblée. (R. W.)

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