Elle voulait devenir détective, comme son héroïne de jeunesse Nancy Drew. La protagoniste des «Histoires mystérieuses», vendues à des millions d’exemplaires aux Etats-Unis, savait se débrouiller dans la vie. D’autres personnalités, telles Hillary Clinton ou Laura Bush, ont déjà avoué combien l’intrépide Nancy avait compté pour elles. Mais pour Sonia Sotomayor, qui a appris l’anglais en dévorant ces best-sellers, les aventures de la jeune Américaine étaient comme une porte qui s’ouvrait: l’Amérique était offerte à la petite Portoricaine du Bronx.

Des soucis de santé (elle est diabétique) lui ont finalement fait choisir une carrière moins aventureuse. Mais pas moins glorieuse: après sa confirmation mardi par un comité du Sénat, Sonia Sotomayor (55 ans) devrait bientôt, être choisie par les élus pour siéger à la Cour suprême. Nancy Drew s’était adaptée à son époque, ses auteurs gommant progressivement les allusions racistes ou sexistes contenues dans les romans. Aujourd’hui, ce sont les Etats-Unis qui donnent le sentiment de s’adapter à la nouvelle réalité, amenant pour la première fois une femme hispanique d’origine modeste dans cette institution quasiment réservée jusqu’ici aux seuls hommes «blancs».

Tout sourire, semblant presque paralysée par la déférence, Sonia Sotomayor s’est montrée à ce point ébahie par son propre parcours qu’elle en est venue à se casser la cheville avant de parcourir les allées du Congrès pour rencontrer les parlementaires. Sa carrière au sein du système judiciaire est sans faille, et ses compétences de juriste largement reconnues.

«Un peu de compassion»

Mais, un peu à l’image de la famille Obama débarquant à la Maison-Blanche, la seule présence de Sonia Sotomayor suffit à rendre les lambris du pouvoir plus pesants encore. Comme si, datant d’une autre époque, ils n’avaient pas été conçus pour elle.

Voulue par le président Obama, qui entend introduire «un peu de sens commun et de compassion» au sein de la Cour suprême, la nomination de la juge est pourtant le reflet d’une Amérique qui change. Les élus républicains qui ont mené les auditions ont dû se résoudre à d’innombrables contorsions: leurs sièges sont tributaires en partie du vote des minorités, et particulièrement de celui des électeurs hispaniques. Mais the National Rifle Association, le lobby des armes, a menacé de rendre la vie impossible aux parlementaires tentés de soutenir cette candidate soupçonnée de vouloir ériger des obstacles au libre port des armes. Entre deux maux, les républicains du comité juridique du Sénat ont dû choisir le moindre: à l’exception de Lindsey Graham (pourtant de la très conservatrice Caroline du Sud), ils ont refusé cette nomination.

Moitié par prudence politique, moitié par déformation professionnelle, Sonia Sotamayor a esquivé les thèmes polémiques, dont le port d’armes et l’interruption volontaire de grossesse, réservant son jugement à l’heure où elle siégera.

L’arrivée de la première femme latino à la Cour suprême, cette révolution américaine, se sera déroulée à pas feutrés. Presque en catimini.