Israël

Une série brise le tabou des détenus palestiniens

Les téléspectateurs israéliens ont découvert mardi soir le quotidien de prisonniers palestiniens «ayant du sang sur les mains»

Il n’est pas toujours facile de ramer à contre-courant en Israël. Surtout lorsque l’on cherche des subsides pour tourner un film sur un sujet sensible. C’est donc une prouesse que vient de réaliser le réalisateur Itzik Lerner dont le premier épisode de la série documentaire «Meggido» a été diffusé mercredi soir par la chaîne du câblo-distributeur «Yes».

Pendant un an, Itzik Lerner a en effet pu filmer à l’intérieur de la section spéciale de la prison de Meggido (nord-est d’Israël), une prison de haute sécurité où sont enfermés un millier de détenus palestiniens «ayant du sang sur les mains». Donc les plus sévèrement condamnés.

«Mon but n’est pas de revenir sur les racines du conflit israélo-palestinien mais de montrer sans les juger ces gens dont on annonce souvent l’arrestation dans les informations et dont on entend plus jamais parler ensuite», lâche-t-il. «Je ne décide pas qui est bon ou mauvais. Je montre comment ces personnes vivent leur enfermement avec ce qu’elles ont sur la conscience.»

«Maintenant ma vie est ici»

Au fil des cellules où ils s’entassent par six ou huit durant la plus grande partie de la journée, l’on croise un jeune homme condamné à cinq fois la perpétuité plus cinquante ans pour avoir tué des colons en Cisjordanie, un militant du Fatah condamné à trente ans pour avoir tiré sur un soldat israélien, un autre enfermé pour avoir confectionné une voiture piégée…

Aucun d’entre eux ne s’exprime avec virulence. Plutôt avec fatalisme. «Maintenant ma vie est ici», lâche le condamné à cinq fois la perpétuité. «Le matin je me lève, le soir je me couche et voilà.»

Les détenus sécuritaires de Meggido sont principalement affilés au Hamas, au Fatah et au Jihad islamique. Pour éviter les tensions avec les 300 gardiens chargés de les surveiller, ils élisent chaque année un représentant qui a porte ouverte chez le directeur de l’établissement et qui jouit, du fait de sa condition de détenu ainsi que de son élection, d’un certain statut moral au sein de la société palestinienne.

Pendant le tournage, le mandat était confié à Abdel Bassed, un cadre du Hamas déjà emprisonné à dix reprises et qui avait alors déjà passé quatorze ans derrière les barreaux. «Bien sûr, je serre la main du directeur et négocie avec lui des aménagements du règlement mais cela ne veut pas dire que nous sommes devenus amis. Ni que j’ai renoncé à mes convictions politiques», dit-il. «Puisque nous devons cohabiter, on essaye seulement d’arrondir les angles.»

Détenus oubliés

Les Israéliens de la rue ne savent rien de la vie des 6000 de sécurité palestiniens que compte leur pays. Le sujet ne semble d’ailleurs pas beaucoup les intéresser. En tout cas, à part dans les médias d’extrême droite sur les sites de colons, le premier épisode de «Meggido» n’a pas suscité la polémique.

Ceux qui suivent la série en apprendront en tout cas beaucoup sur le train-train quotidien des détenus «de sécurité»: les prières et les repas pris en commun, les lectures du Coran organisées par les tenants du Hamas et du Jihad islamique, mais également les fouilles surprises des cellules au cours desquelles des gardiens découvrent souvent messages de soutien et des mots d’ordre émanant de l’extérieur.

Bon nombre de scènes filmées par Itzik Lerner ne sont soutenues par aucun commentaire. Celle – poignante – où l’on voit les femmes venues avec les enfants pour voir leur père ou mari confiné derrière une épaisse vitre blindée. Et ces nombreux appels durant lesquels chaque prisonnier signale sa présence en regardant les gardiens droit dans les yeux, avec un air de défi.

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