Une statue de l'explorateur espagnol et premier gouverneur de Porto Rico, Juan Ponce de Leon, a été jetée à terre tôt lundi dans la capitale portoricaine San Juan, quelques heures avant l'arrivée sur l'île du roi Felipe VI d'Espagne.

«Des individus se sont approchés» de la statue, située sur une place centrale de San Juan, et «l'ont endommagée», selon un rapport de la police cité par la presse locale. Le piédestal du monument a été en partie détruit et la statue s'est disjointe en plusieurs morceaux sous l'impact de sa chute, selon des photos postées sur les réseaux sociaux.

Le maire de la capitale, Miguel Romero, a dénoncé un «acte de vandalisme» auprès du quotidien local El Nuevo Dia, tout en minimisant l'importance de l'incident.

Le groupe Fuerzas libertarias de Boriken revendique l'action

Des employés de la ville avaient réinstallé, non sans difficulté, la statue sur son piédestal lundi soir, malgré les protestations de quelques manifestants réunis devant le monument et demandant à ce qu'elle ne soit pas remise en place.

Les autorités portoricaines ont indiqué lundi examiner des images de vidéosurveillance pour tenter d'identifier les responsables.

Le groupe Fuerzas libertarias de Boriken (Forces libertaires de Boriken) a toutefois revendiqué l'action, selon plusieurs médias locaux. «Face à la visite supposée du roi d'Espagne, Felipe VI, à Porto Rico, et à l'escalade des envahisseurs américains qui s'emparent de nos terres, nous voulons envoyer un message clair: pas de rois, pas d'envahisseurs américains», a écrit le groupe dans un communiqué repris par la presse.

La statue a été fondue à New York en 1882 à partir du bronze de canons anglais saisis lors d'une défaite des Anglais contre les Espagnols à Porto Rico, en 1797.

Mouvement de dénonciation en Amérique

Le roi Felipe VI est arrivé dans la soirée à Porto Rico pour y célébrer le 500e anniversaire de la fondation, en 1521, de San Juan, dont les cérémonies ont été retardées d'un an du fait de la pandémie de Covid-19.

Ancienne colonie espagnole, l'île est devenue territoire américain à la fin du 19e siècle avant d'acquérir un statut spécial d'«Etat libre associé» dans les années 1950.

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La dégradation de la statue de Juan Ponce de Leon est intervenue dans un contexte de vaste mouvement de dénonciation en Amérique de la présence dans l'espace public de sculptures représentant des personnalités liée à l'esclavage, à la colonisation ou à l'oppression des minorités. Longtemps présenté comme «le découvreur de l'Amérique», Christophe Colomb est ainsi un personnage de plus en plus contesté aux Etats-Unis, désormais associé par certains aux exactions commises par les Européens envers les Amérindiens.

Le conquistador Juan Ponce de Leon figure parmi ces explorateurs lancés par la couronne espagnole à la conquête du Nouveau Monde aux 15e et 16e siècles, et dont les gains territoriaux avaient décimé les peuples autochtones. Connu pour avoir notamment exploré la péninsule qui est aujourd'hui la Floride, Ponce de Leon avait reçu en 1508 l'autorisation d'explorer et de coloniser l'île, alors désignée par ses peuples natifs sous le nom de Boriken.