En voiture, à pied, en bateau ou en avion, les étrangers fuient la Libye par tous les moyens de transport à disposition. L’aéroport de Tripoli était mercredi dans un état de «chaos total», selon une Américaine qui a réussi à s’envoler pour Vienne. La Turquie a mis sur pied la plus grande opération d’évacuation de son histoire en mobilisant deux bateaux et deux avions: 25 000 Turcs travaillent en Libye sur différents chantiers de construction.

La liste et le nombre des communautés étrangères sont un condensé de la globalisation économique. Ainsi, 30 000 Chinois travaillent sur les terres du colonel Kadhafi, en particulier pour aménager les 172 kilomètres d’une nouvelle ligne ferroviaire reliant Tripoli à la frontière tunisienne, un contrat de 800 millions de dollars remporté en 2009 par China Railways. Le site de Huafeng Construction dans l’est du pays (1000 ouvriers) a été attaqué par des pillards.

Un bateau était en route mercredi pour Ras Lanuf, la plus grande raffinerie du pays, où travaillent un millier de Russes, des Serbes et des Monténégrins. Quelque 450 Roumains, notamment du personnel médical, étaient mercredi évacué par avion.

L’Inde et le Pakistan comptent chacun quelque 18 000 travailleurs en Libye, mais les plans pour les rapatrier sont peu clairs à ce stade. La même incertitude entoure 2000 Népalais, dont 600 se trouvant dans la ville portuaire de Darnah.

Conditions déplorables

La communauté la plus nombreuse et sans doute la plus défavorisée est celle des Bengalis. Les estimations concernant leur nombre varient de 40 000 à 95 000 personnes. En 2008, la Libye avait signé un accord d’immigration avec le gouvernement du Bangladesh: ses projets d’infrastructures portant sur 130 milliards de dollars nécessitaient l’engagement d’un million de travailleurs étrangers, disait alors le gouvernement.

Payés officiellement 300 dollars par mois, certains Bengalis dénonçaient leurs conditions de travail il y a un an: leur salaire réel était inférieur à 20 dollars pour des journées de 11 heures, puis ils n’ont reçu ni argent, ni nourriture, leur employeur les abandonnant dans des bidonvilles sans sanitaires, où ils étaient obligés de faire bouillir des plantes pour survivre. D’autres ont été battus.

Le ministre bengali des affaires étrangères, Dipu Moni, affirmait mardi que l’évacuation de ses concitoyens bloqués à Benghazi avait commencé. Des rumeurs circulaient sur la prise en otage d’une centaine de travailleurs par les manifestants.