L’opposition vénézuélienne a commencé une trêve avec le président Nicolas Maduro mercredi, pour permettre aux négociations de prospérer. Mais le pari est risqué et pourrait la couper de sa base en accentuant ses divisions.

A la surprise générale, les anti-chavistes, qui veulent pourtant toujours faire tomber Nicolas Maduro, ont décidé mardi de suspendre le vote de défiance prévu au parlement contre le président socialiste, ainsi que la marche prévue ce jeudi sur la présidence.

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Mais la Table de l’unité démocratique (MUD), coalition d’une trentaine de partis du centre et de droite, qui réunit les opposants au chef de l’Etat et contrôle l’Assemblée nationale, reste en alerte. Elle a ainsi laissé à Nicolas Maduro jusqu’au 11 novembre, date de la prochaine réunion entre les deux camps, pour montrer de nouveaux signes de bonne volonté, après la libération de cinq opposants lundi.

«Ici personne n’est en train de chanceler. Si d’ici au 11 il n’y pas de signaux clairs concernant la libération des prisonniers politiques et le retour aux urnes», il n’y aura pas de dialogue, a prévenu un leader de l’opposition, Henrique Capriles.

Un difficile accord sur des élections anticipées

Car au-delà des prisonniers politiques, l’objectif reste une élection présidentielle anticipée: «Le sujet des prisonniers politiques est important, mais le retour aux urnes est vital», a insisté le porte-parole de la MUD, Jesus Torrealba.

Dès mercredi soir, le pouvoir chaviste a cependant balayé cette demande: «La droite nous a donné un délai de dix jours, […] elle a recommencé à nous menacer», a accusé Diosdado Cabello, le numéro 2 du pouvoir chaviste.

«Parler avec l’opposition, en fait, c’est ne parler avec personne, car chez eux personne ne tient parole. Donc je ferai ce qu’il faut pour aider le camarade Nicolas Maduro […] Je suis chaviste et demain [ce jeudi, ndlr] je vais marcher au palais de Miraflores», a ajouté le député et président du Parti socialiste vénézuélien.

Les anti-chavistes reprochent au président Nicolas Maduro d’avoir plongé ce pays producteur de pétrole dans une grave crise économique en n’ayant pas su prévoir la chute des cours du brut, ni y réagir à temps.

Après avoir échoué à organiser un référendum révocatoire contre le chef de l’Etat, héritier politique du défunt Hugo Chavez, l’opposition s’en est remise à la médiation du Vatican.

Une stratégie risquée pour la MUD

Les analystes faisaient également preuve de scepticisme, et la réponse de Diosdado Cabello semble leur donner raison. «Maduro ne va pas céder aux demandes de l’opposition, qui mettent toutes en péril son mandat […]. Les négociations vont échouer dans les prochaines semaines», a assuré le cabinet new-yorkais Eurasia.

Pour l’analyste Benigno Alarcon, le gouvernement ne fait que «gagner du temps»: «Après avoir tout fait pour empêcher le référendum, je le vois mal accepter des élections anticipées», a-t-il affirmé à l’AFP.

Ce changement de «stratégie» de la MUD risque aussi de faire retomber le soutien de la rue, alors que des centaines de milliers de personnes avaient défilé fin octobre contre le dirigeant socialiste.

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«Une fois que les discussions auront avorté, l’opposition devrait à nouveau appeler à manifester. Mais cette interruption devrait affaiblir sa capacité à mobiliser […]. Maduro sera probablement à même de se maintenir au pouvoir» jusqu’à la fin de son mandat, en janvier 2019, selon Eurasia.

Les tensions restent donc vives au Venezuela, et la moindre étincelle pourrait faire repartir le conflit. Comme ce propos du président Maduro mercredi soir, quand il a qualifié de «groupe terroriste» l’aile dure de la MUD incarnée par Leopoldo Lopez, une des figures de l’anti-chavisme, toujours en prison.

Voluntad Popular, son parti, a rejeté les discussions avec le gouvernement, préférant miser sur la rue. Une rue dans laquelle ce mouvement va donc croiser les chavistes menés par Cabello jeudi.