Le scandale a désormais atteint le sommet de l’Eglise. Le cas du Père Murphy pose à nouveau, avec force, la question du traitement des abus sexuels par la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), dont Joseph Ratzinger a été le préfet de 1982 à 2005.

Benoît XVI pourra difficilement se dérober à une explication sur ses agissements lorsqu’il était cardinal. Il en va de sa crédibilité personnelle, ainsi que de celle de l’Eglise catholique, déjà fortement entamée.

Ce contraste – le silence sur les affaires d’abus lorsqu’il était à la tête de la CDF et son zèle actuel à les dénoncer – porte le soupçon également sur l’attitude de Jean Paul II. Le cardinal Ratzinger avait la possibilité de soumettre certains dossiers au pape, qui pouvait décider de la suite à leur donner. Jean Paul II a-t-il exigé de lui qu’il laisse tomber certains cas dans l’oubli? C’est une hypothèse, mais on ne saurait l’écarter trop rapidement. La question est légitime. Raison de plus pour Benoît XVI de faire toute la lumière sur le passé. Mais il pourrait se trouver devant un choix cornélien. Soit il assume la responsabilité de la négligence de certains dossiers, et dans ce cas, sa crédibilité en souffrira terriblement. Soit, si Jean Paul II l’a empêché d’agir comme il l’entendait, il ne peut alors décemment pas le béatifier. Soit il se tait, et contrevient à ses principes. Sa devise n’est-elle pas «cooperatores veritatis» (coartisans de vérité)?