La deuxième Française à avoir porté plainte pour viol contre Tariq Ramadan a partagé mercredi un témoignage glaçant recueilli par la journaliste, essayiste et militante féministe Caroline Fourest dans les pages de Marianne.

Des extraits de l’entretien ont également été diffusés sur BFMTV mercredi, une vidéo sur laquelle la plaignante apparaît le visage flouté (voir ci-dessous).

Lire aussi: Comment Tariq Ramadan envoûtait ses élèves

«J’ai eu la peur de ma vie», souligne celle que les journalistes appelleront Christelle, Française de 45 ans atteinte d’un handicap à la jambe.

La victime présumée raconte qu’en 2009, deux ans après s’être convertie à l’Islam, elle contacte Tariq Ramadan sur les réseaux sociaux. Ils ont plusieurs échanges «cordiaux, polis, professionnels et religieux». Leur premier face-à-face a lieu quelques heures avant une conférence donnée à Paris par l’islamologue, le 9 octobre 2009. Ils conviennent de se retrouver dans un café, puis ce dernier, toujours selon la plaignante, lui suggère de monter dans sa chambre où ils seront plus au calme.

«Une vulgarité sans nom»

Une fois seuls dans sa chambre, celle-ci affirme que Tariq Ramadan a brutalement changé de comportement. «Il me donne un coup dans la béquille, il me fait tomber et il me récupère par les cheveux, j’ai eu la peur de ma vie. Et là, c’est l’enfer, c’est les coups, c’est des violences sexuelles, des mots ignobles, d’une vulgarité sans nom», raconte la plaignante à BFM TV.

«J’ai hurlé, je hurlais «Au secours!», j’ai hurlé «Non!», détaille la victime présumée. Il m’a dit: «Je vais te chier dans la bouche.» Christelle affirme que le supplice a duré «des heures» avant qu’elle puisse quitter la chambre.

Lire également: A Genève, la défense calculée de Tariq Ramadan

Après cette agression, l’accusatrice affirme que Tariq Ramadan l’a poussée à se taire en la harcelant psychologiquement pendant des années, et en la menaçant de représailles. Sa plainte pour viol a finalement été déposée, certificats médicaux à l’appui. Ces derniers font état de plusieurs hématomes et de lésions aux parties intimes, souligne la chaîne française d’information.

Le théologien suisse est visé par une enquête à Paris pour «viol, agression sexuelle, violences et menaces de mort», et fait l’objet des plaintes de deux femmes. Il conteste les accusations, et a déposé plainte de son côté pour «dénonciations calomnieuses». L’islamologue ne s’exprime plus sur l’affaire depuis des semaines, expliquant sur les réseaux sociaux que ses avocats lui ont demandé de garder le silence.

Menaces contre la première accusatrice

Henda Ayari, la première femme à avoir porté plainte contre l’islamologue, a, quant à elle, été placée sous protection policière après avoir reçu des menaces et des insultes, a-t-on appris mercredi soir auprès de son avocat Jonas Haddad.

Une plainte contre X a été déposée le 16 novembre dans un commissariat de Rouen, où elle réside, pour menaces et insultes, y compris menaces de mort. La plainte a été confirmée par le parquet de Rouen.

Selon l’avocat, l’ancienne salafiste devenue militante féministe et laïque est harcelée depuis un mois de messages sur Facebook et Twitter, sur son répondeur, et par des gens qui viennent sonner chez elle. «Ce n’est pas anodin, ces faits sont passibles de trois ans d’emprisonnement, il faut que ça s’arrête», a déploré Me Haddad. Le procureur de Rouen Pascal Prache a confirmé «la plainte, visant notamment des menaces de mort. La procédure est en cours».

Dans sa plainte, Henda Ayari évoque le fait qu’elle soit traitée de «putain», «payée par les juifs, les sionistes». La jeune femme a indiqué que certains sur les réseaux sociaux affirmaient qu’elle réalisait «du fric en surfant sur l’islamophobie également sur le sang des Palestiniens». «Certains disaient que je devais aller me suicider en précisant que Tariq Ramadan était innocent des faits pour lesquels j’ai déposé plainte», précise Henda Ayari.