Turquie

Une visite historique turque sous tension en Grèce

Après avoir critiqué le découpage du patrimoine byzantin et plus largement le Traité de Lausanne de 1923, le chef d’Etat turc a suscité «la préoccupation» d’Athènes

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, entame jeudi un déplacement historique en Grèce supposé accélérer le réchauffement entre deux voisins aux profonds différends.

Après plusieurs décennies de rapports houleux qui ont même failli dégénérer en affrontement en 1996, les deux pays ont entamé un dégel, commencé en 1999 par l’aide d’Athènes à la Turquie après un séisme ayant dévasté Istanbul. Les relations sont aujourd’hui relativement cordiales.

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Et si Recep Tayyip Erdogan s’est rendu en Grèce à deux reprises lorsqu’il était premier ministre, en 2004 et 2010, cette troisième visite aura une valeur autrement symbolique, car aucun chef de l’Etat turc n’est venu à Athènes depuis Celal Bayar il y a près de soixante-cinq ans.

Des désaccords sur le sort du patrimoine byzantin en Turquie

Mais si la coopération économique et touristique s’est développée au cours des deux dernières décennies, les relations «buttent toujours sur des différends anciens», résume Jean Marcou, chercheur associé à l’Institut français d’études anatoliennes.

C’est notamment le cas de désaccords tenaces liés au sort du patrimoine byzantin en Turquie, à la situation de la minorité musulmane dans le nord de la Grèce ou encore au découpage territorial en mer Egée.

Une fois de plus, Recep Tayyip Erdogan a critiqué ce découpage et plus largement le Traité de Lausanne de 1923, qui définit les frontières de la Turquie, dans une interview enregistrée en Turquie et diffusée mercredi soir par la chaîne de télévision grecque Skai.

Tout en prenant un ton conciliant, il a appelé à des «améliorations» concernant la mesure des espaces aériens et des eaux territoriales en mer Egée, et redit que le Traité devait être «révisé», ce qui serait «mutuellement bénéfique» selon lui.

Le respect du Traité de Lausanne, pierre angulaire d’une coopération

Il s’est attiré une sèche réaction d’Athènes: «L’interview d’aujourd’hui avec Recep Tayyip Erdogan soulève de sérieuses préoccupations et questions», a écrit en toute fin de soirée dans un communiqué le porte-parole du gouvernement grec, Dimitris Tzanakopoulos.

«Le gouvernement grec et le premier ministre [Alexis Tsipras, ndlr] souhaitent que la visite soit l’occasion de construire des ponts, pas d’élever des murs. Le respect du Traité de Lausanne est la pierre angulaire exclusive et non négociable sur laquelle peut se construire la coopération sincère des deux pays», a-t-il ajouté.

Lors de sa visite de deux jours, Recep Tayyip Erdogan sera reçu par son homologue grec, Prokopis Pavlopoulos, et par Alexis Tsipras, puis se rendra auprès de la minorité musulmane de Thrace, au nord de la Grèce.

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