UE

Une visite de Mini-Europe, Bruxelles, un jour d'élections

Dans le grand parc d'attractions de Bruxelles se trouve un paisible chemin au milieu de maquettes représentant des fleurons des pays européens. Balade au cœur d'une narration de l'UE, à l'heure des déchirures

Les nuages hauts comme des montagnes s’accumulent sur Bruxelles, mais parfois, le soleil arrive à percer. Jour d’élections européenne, zone de divertissement de BruParck. Le circuit Mini-Europe est modérément fréquentée, d’Européens autant que de curieux venus d’Inde ou d’Asie du Sud-Est.

Mini-Europe, c’est la glorification de l’Union européenne à l’échelle 1/25e. Un cheminement, plaisant, en plein air, presque sous les impressionnantes sphères de l’Atomium voisin. Une narration de l’UE telle qu'elle veut faire rêver ses citoyens, même en temps de déchirures et d'élections, alors que montent les partis anti-UE.

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D'abord, le Berlaymont, ce qui rafraichit l'enthousiasme

Le flâneur démarre par une maquette du Berlaymont, le bâtiment principal de la Commission à Bruxelles. Un monstre aux 1000 bureaux, qui même réduit, respire la technocratie la plus lourde. Il fallait bien commencer par l’UE, mais on sent la nécessité de rajouter quelque narratif apportant une couche d’histoire. «Il porte le nom du monastère du Berlaymont, qui se dressait autrefois à cet endroit», raconte donc la brochure, scrupuleusement lue à voix haute pour leurs conjoints ou enfants par certains visiteurs, dans leur langue.

Le voyage débute vraiment par le Danemark et un village de vikings – il est précisé que ceux-ci «auraient découvert l’Amérique de Nord en 801». La volonté d’expansion est vite posée. Plus loin, il est estimé, sur des panneaux, qu’il «est intéressant de comparer l’esprit de découverte [de Christophe Colomb] avec celui des Chinois». Les expéditions chinoises, avec des navires «10 fois plus grands», «n’ont jamais eu de suite». Qu’on se le dise.

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Un pincement au cœur face au Palais de Westminster

Suivent Belgique, Pays-Bas et Royaume-Uni. Evidemment, le visiteur peut avoir un pincement au cœur à l’idée que la superbe maquette du Palais de Westminster devrait être enlevée, un jour. Les concepteurs du parc ne se voilent pas la face, il ont malicieusement rajouté des petits personnages manifestant pour et contre le Brexit devant les façades du Palais.

Mini-Europe compte dix décors anglais, de la maison natale de Shakespeare au château de Douvres en passant par un «village typiquement anglais, avec l’église gothique, le boucher, la poste et bien sûr, le pub!». Il y a comme une déchirante nostalgie dans ce passé britannique évoqué pour mettre en valeur une histoire européenne commune et diverse à la fois. Les magnifiques modèles réduits du Royaume-Uni, cette petites créations qui bravent les éléments du Plat Pays depuis des années, ne résisteront pas à la tempête politique. C’est injuste pour elles.

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Il y a même un peu de Suisse

Retour à des histoires solides avec la France, l’Italie, l’Espagne, puis lent glissement vers les pays de l’Est. Entretemps, un peu de vrombissement historique avec le Mur de Berlin, que l’on peut détruire une activant une micro-pelleteuse.

Il y a même un peu de Suisse à Mini-Europe, qui veut également glorifier les avancées technologiques des pays de l’Union, extraction pétrolière, tunnel sous la Manche, industrie aéronautique et ferrys, accompagnés de… Solar Impulse, qui a «la taille d’un Airbus A380, le poids d’une voiture, la puissance d’un scooter».

Les concepteurs ont soigné la fin. On allume Ariane, fleuron industriel et futuriste de l’Union, puis on arrive dans la Grèce, là où tout a commencé. La démocratie comme les histoires qui lient les peuples. L’épisode d’Ulysse et les sirènes est évoqué avec l'antique aventurier attaché au mât de son navire et les diablesses, des crânes dispersés à leurs pieds, qui l’appellent («C’est Cersei dans Game of Thrones!», lance une visiteuse).

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Une Europe de l'histoire et des exploits

A travers ses sentiers paisibles, Mini-Europe raconte une Europe de la durée historique, qui devient richesse, et des exploits humains. L’attraction s’inscrit d’une certaine manière parmi celles-ci, avec ses maquettes sophistiquées qui ont demandé jusqu’à 24 000 heures de travail («l’équivalent de 13 ans pour une personne!») et coûté parfois plus de 300 000 euros. Le Ballenberg de l’Europe rêve de compter dans le destin collectif qu’il illustre grâce à ses constructions exemplaires.

A la fin de la visite, un tunnel avec des vidéo et écrans interactif sur l’UE et ses multiples rôles dans la vie quotidienne de ses citoyens, assure-t-on. Il y a même un modeste panneau sur les élections du 26 mai 2019.

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