Le projet de Nicolas Sarkozy d'Union pour la Méditerranée (UPM), qui doit être lancé le 13 juillet lors d'un sommet à Paris, risque de se heurter aux mêmes difficultés que le «processus de Barcelone» lancé par les Européens en 1995 en direction des pays de la rive sud: les tensions au Proche-Orient et la défiance des dirigeants arabes à l'égard d'Israël.

Certains chefs d'Etat arabes ont fait part de leurs réticences à participer à un sommet auquel doit être convié le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, au moment où la situation continue de se dégrader à Gaza et où le processus de paix apparaît dans l'impasse.

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a fait savoir qu'il ne viendrait pas, expliquant qu'il lui serait impossible de s'asseoir à la même table qu'Ehoud Olmert. La participation du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, n'est pas assurée: sans exclure de venir, il a indiqué que sa décision dépendrait de la situation au Proche-Orient.

La question de la présence du président de la Syrie, Bachar al-Assad, reste ouverte. Viendra-t-il? «Cela varie de jour en jour», commente un responsable français. Le 30 décembre 2007, Nicolas Sarkozy avait annoncé la suspension des contacts politiques à haut niveau avec le régime syrien, pour protester contre les blocages politiques au Liban. Cette décision, souligne-t-on à Paris, n'empêchera pas une invitation d'être adressée, mais le chef de l'Elysée évitera d'avoir un entretien bilatéral avec son homologue syrien en marge du sommet.

Médiation égyptienne

Des diplomates français constatent que l'image «pro-israélienne» de Nicolas Sarkozy et de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, complique la donne. Le président français doit effectuer une visite en Israël fin juin, deux semaines avant le sommet de l'Union pour la Méditerranée. Elle sera attentivement suivie par les dirigeants arabes, ainsi qu'une autre échéance: le 16 juin, dans une démarche appuyée par la France, l'UE devrait offrir un partenariat renforcé à Israël.

Pour convaincre les hésitants de venir au sommet méditerranéen, Nicolas Sarkozy a demandé au président égyptien Hosni Moubarak (qu'il a reçu le 22 avril à l'Elysée) de jouer les médiateurs, notamment auprès du colonel Kadhafi. «Le président Moubarak a dit qu'il ferait tout pour que la rive sud soit représentée au plus haut niveau», commente-t-on à l'Elysée.

Le président égyptien, auquel pourrait être offerte la «coprésidence» de l'UPM, aux côtés de Nicolas Sarkozy, a été particulièrement courtisé par Paris. De même que le président tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali: les officiels français lui font miroiter la création, en Tunisie, d'un secrétariat de l'UPM (l'Allemagne est toutefois réticente). Le roi du Maroc, Mohammed VI, a cherché, de son côté, à obtenir des assurances avant de confirmer sa présence. Il voulait que rien ne puisse entraver l'obtention par son pays d'un «statut avancé» auprès de l'UE. La France a plaidé au sein de l'UE pour ce statut qui privilégie le Maroc.

«Le problème de la présence des chefs d'Etat arabes le 13 juillet dépend largement de celle d'Olmert, commente un connaisseur du dossier à Paris. On n'est pas dans la même configuration qu'en 1995, quand le «processus de Barcelone» était né des espoirs liés aux Accords d'Oslo. Si la situation empire à Gaza, les négociations seront difficiles pour le sommet.»

Le 8 avril, lors d'une réunion à Bruxelles de hauts fonctionnaires du «processus de Barcelone», les pays arabes ont insisté pour que les questions politiques et le processus de paix ne soient pas délaissés au sein de l'UPM. Les représentants français, ce jour-là, auraient préféré discuter de projets concrets, comme la dépollution de l'eau ou la création d'un espace universitaire méditerranéen.