Le gouvernement français s'est dressé comme un seul homme, lundi, pour soutenir Dominique Strauss-Kahn, le directeur du FMI visé par une enquête interne après un flirt avec une employée. «Je garde entièrement ma confiance à Dominique Strauss-Kahn», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Sa collègue de l'Economie, Christine Lagarde, a jugé «indispensable qu'à la tête du Fonds monétaire international (FMI) on ait quelqu'un de fort, de solide et de reconnu comme il est».

L'entourage de Dominique Strauss-Kahn est aussi très confiant. Jeudi, l'avocat externe mandaté par le FMI doit rendre son rapport au comité d'éthique de l'organisation. «Nous sommes certains qu'il n'y a eu aucun abus de pouvoir, explique un proche du directeur. Différentes personnes ont été interrogées au sein du FMI. Il n'y a eu aucun coup de téléphone, aucune instruction» pour avantager ou pénaliser Piroska Nagy, l'économiste avec laquelle Dominique Strauss-Kahn a reconnu avoir eu une aventure extraconjugale lors du dernier forum de Davos.

Séducteur invétéré

Au sein de la classe politique française, les ennuis de «DSK» ont provoqué une forme rare d'union sacrée. Gauche et droite refusent de l'accabler, soulignant qu'il s'agit d'une affaire privée. Certains évoquent même une tentative de déstabilisation émanant soit des milieux financiers, soit de pays qui se sont opposés à sa nomination en 2007, comme la Russie ou les Etats-Unis.

Dans les médias, en revanche, l'affaire suscite un certain malaise. Beaucoup de journalistes connaissaient la réputation de séducteur invétéré de Dominique Strauss-Kahn (LT du 14.7.07). Mais peu nombreux sont ceux qui en ont parlé au moment de son arrivée au FMI - en partie parce que l'entourage de l'ancien ministre des Finances avait tout fait pour empêcher la divulgation d'informations trop précises à ce sujet. La version officielle, à l'époque, était que Dominique Strauss-Kahn aimait beaucoup les femmes, mais que cela ne représentait ni un problème, ni un sujet d'intérêt pour les médias.

Aujourd'hui, certains amis de «DSK» éprouvent une impression de gâchis. «Nous attendions tous ce moment, en le craignant, confie une personne qui le connaît bien. Tout le monde l'avait mis en garde, tout le monde connaissait sa vulnérabilité. Quand on vous a filé un job comme ça, à un moment où le FMI prend toute sa place, vous ne devez pas le mettre en danger en faisant justement ce qu'on vous avait prévenu de ne pas faire!»

Dominique Strauss-Kahn aurait commis une seconde erreur en lançant une campagne de presse en vue de son possible retour en France pour l'élection présidentielle de 2012. Ce battage, alors qu'il savait qu'une enquête était ouverte sur lui au FMI, a amplifié l'écho donné par les médias français à ses frasques sentimentales.

Même si l'enquête interne épargne Dominique Strauss-Kahn, sa position à la tête du FMI risque d'être fragilisée. «Si des gens lui en veulent, redoute la personne précitée, on peut se demander ce qu'ils peuvent encore trouver contre lui.»