Forte de 55 000 habitants majoritairement russophones, Ariel est la plus grande colonie de Cisjordanie. Depuis mardi, elle dispose également d’une université reconnue par l’Etat hébreu. Un établissement désormais considéré comme l’équivalent de la prestigieuse université hébraïque de Jérusalem, de celles de Tel-Aviv et de Beer Sheva, ainsi que du Technion de Haïfa.

Une belle victoire pour le Yecha (le lobby des colons) et pour l’aile la plus à droite du gouvernement de Benyamin Netanyahou, qui ont réussi à convaincre la commission ad hoc malgré l’opposition globale des milieux universitaires selon lesquels l’établissement n’aurait pas le niveau minimal requis pour accéder au statut qui vient de lui être décerné. Selon eux, Israël n’aurait «pas besoin d’une nouvelle université» puisque «les infrastructures en place sont amplement suffisantes». En outre, les dépenses engagées pour soutenir le nouvel établissement seraient «malvenues en période de restriction budgétaire».

Mais ces objections n’ont pas convaincu la majorité gouvernementale, puisque la décision est d’essence politique. En effet, à travers l’Université d’Ariel, il s’agit pour les ministres et pour les députés qui la soutiennent de renforcer la colonisation. De la pérenniser en démontrant que l’Etat hébreu n’a pas l’intention de se retirer derrière ses frontières de 1967.

Des étudiants palestiniens

Créée en 1982 comme simple école supérieure dispensant des cours du soir à une dizaine d’étudiants, la future université a dû jouer des coudes pour obtenir sa reconnaissance. Son essor date du début des années 1990 lorsque des centaines de milliers d’ex-Soviétiques se sont installés dans l’Etat hébreu et que beaucoup se sont retrouvés à Ariel. Parce que le coût de la vie y était moins élevé qu’à l’intérieur de l’Etat hébreu.

Grâce à cet afflux, l’école du soir s’est d’abord transformée en «Collège de Judée-Samarie» avant de décrocher en 2010 le titre de «Centre universitaire Ariel de Samarie». Même si ce dernier n’a jamais été une institution de pointe, 12 000 étudiants y sont actuellement inscrits, parmi lesquels quelques dizaines de Palestiniens originaires des villages voisins. Selon les prévisions, cette population devrait passer à 20 000 en 2020. D’ici là, de nouvelles facultés, des infrastructures ainsi que des milliers de logements estudiantins devraient sortir de terre, ce qui constitue un moyen inédit de développer la colonisation de Cisjordanie.

Pour l’heure, quatre facultés fonctionnent à Ariel. Mais d’autres devraient suivre puisque le statut d’université permettra à Ariel de bénéficier d’importants subsides gouvernementaux. En cadeau de bienvenue, le ministre de l’Education, Guidon Saar (aile droite du Likoud), et son collègue des Finances, Youval Steinitz, ont d’ailleurs promis un cadeau de 10 millions d’euros d’ici à la fin de l’année, sous forme de subsides qui abreuveront l’institution dans les mois à venir. Cela, alors qu’en juillet 2011, des universitaires de Jérusalem, de Tel-Aviv, de Beer Sheva et de Haïfa avaient publié une pétition appelant à boycotter l’institution. Parce qu’elle se situe en territoire occupé mais également parce que le sérieux des études n’y serait pas garanti, selon eux.