A l'aune de l'inexpérience démocratique de l'Angola, les élections législatives qui se tiendront ce vendredi sont un rendez-vous historique. La dernière fois que les Angolais se sont rendus aux urnes pour un scrutin multipartite, le premier depuis la décolonisation en 1975, c'était en septembre 1992. A l'époque, l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita) avait contesté la victoire du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), le parti marxiste-léniniste au pouvoir depuis 1975.

Le second tour avait été annulé, alors que la guerre civile opposant MPLA et Unita depuis l'indépendance, interrompue par le fragile accord de Bicesse (Portugal) de 1991, reprenait rageusement. Elle dura encore dix longues années, avant que la mort dans une embuscade de l'armée du chef historique de l'Unita, Jonas Savimbi, n'ouvre en 2002 la voie à un cessez-le-feu. Après vingt-sept années de guerre civile, qui aurait fait entre 500000 et un million de victimes, et avait été précédée par quatorze ans de conflit pour l'indépendance, les armes se taisaient enfin dans l'ancienne colonie portugaise.

Depuis, le pouvoir de Luanda, à la tête duquel José Eduardo dos Santos se maintient depuis 1979, n'avait cessé de promettre et de repousser des élections libres. Le scrutin législatif, auquel participeront 8 des 17 millions d'Angolais, est la première étape d'un processus qui sera suivi d'une présidentielle en 2009 - s'il ne s'est pas encore officiellement déclaré, José Eduardo dos Santos est le candidat le plus vraisemblable à sa propre succession - puis d'élections locales en 2010. Le MPLA au pouvoir, et côté opposition, l'Unita, restent les principaux protagonistes de la scène politique. Une douzaine d'autres mouvances présentent elles aussi leurs candidats au parlement.

«Le premier enjeu du scrutin est banal, il tient au fait que celui-ci ait lieu et se passe bien», explique Didier Péclard, chercheur à la Fondation suisse pour la paix (Swisspeace) et coordinateur d'un numéro spécial Angola de la revue Politique africaine. «Les élections de 1992 restent un traumatisme dans la mémoire des zones rurales, des gens pour qui la démocratie ne veut rien dire», poursuit le spécialiste. Mais avec la démilitarisation de l'Unita, la menace d'un embrasement post-électoral n'est plus à redouter. D'ailleurs, et tel est le deuxième enjeu des élections selon Didier Péclard, «elles sont une manière de confirmer que le contrôle de dos Santos est total». En terrassant la rébellion de l'Unita en 2002, cet ingénieur formé dans l'ex-URSS avait remporté une victoire militaire mais aussi politique puisqu'elle l'édifiait comme seul acteur de la paix. Son parti, le MPLA, «a contrôlé et bétonné la transition», note Didier Péclard. «Depuis les années 1990, dos Santos est passé maître dans le double jeu. Il a joué la carte démocratique en instaurant le pluripartisme et une certaine liberté de la presse, mais en même temps, l'étau sécuritaire sur des secteurs clés n'a cessé de se renforcer.»

Aussi, s'il fait figure d'avancée démocratique, le scrutin, dont la préparation a été saluée par les observateurs internationaux malgré les réserves de l'ONG Human Rights Watch, ne devrait pas remettre en cause la domination du MPLA au parlement. Puissance militaire régionale, l'Angola vient également tout juste de supplanter le Nigeria en tant que premier producteur de pétrole en Afrique subsaharienne. Ce qui lui vaut une croissance spectaculaire (21% en 2007, entre 16 et 20% attendus), et une cour assidue de partenaires économiques du monde entier (Chine, Brésil, Allemagne...).

Si les accusations de corruption et de clientélisme sont tenaces, l'Etat ne lésine sur les dépenses de reconstruction: routes, ports, barrages et hôpitaux. Mais «la richesse reste très inégalement répartie. A Luanda, le revenu moyen par habitant atteint 3500 dollars par an, il n'est que de 306 en province. L'entrée prodigieuse de devises a fait baisser l'inflation, mais il y a très peu de dépenses sociales», souligne l'économiste Olivier Vallée. L'incertitude sur l'issue du scrutin se résume donc à «la part de l'expression de ras-le-bol à l'encontre du MPLA qui osera s'exprimer, conclut Didier Péclard, et franchir le pas en donnant son vote à l'Unita».