«Des radotages!», avait tranché une fois l'ancien chancelier Ger-hard Schröder en parlant de la politique familiale. En fait de futilités, le Ministère de la famille du gouvernement Merkel est devenu l'un des ministères clés de la grande coalition. Comme l'a illustré la première grosse querelle opposant chrétiens-démocrates et socialistes au sujet des abattements fiscaux en faveur des familles et qui vient de déboucher, comme toujours en Allemagne, sur un compromis. Au cœur de la controverse, toujours souriante et lisse, la ministre Ursula von der Leyen, chrétienne-démocrate de la région de Hanovre, qui n'a pas raté l'occasion de se profiler comme l'une des ministres les plus en vue.

La femme idéale

Elle figure au dixième rang des personnalités allemandes les plus populaires, selon le magazine Der Spiegel; elle vient de faire un bond de neuf points dans les sondages. Hyperdynamique, toujours maîtresse d'elle-même, celle que le quotidien de boulevard Bild a désignée comme «la plus belle ministre du gouvernement», avec ses cheveux blonds ramenés en queue-de-cheval ou en chignon, pourrait passer pour l'idéalisation de la femme allemande dans un pays qui ne fait plus d'enfants.

A 47 ans, cette mère de famille de sept enfants, entre cinq et dix-huit ans, médecin, femme politique, a l'ambition «de faire la preuve que l'on peut être une bonne mère de famille et avoir du succès dans son métier». Et du succès, cette protégée d'Angela Merkel en a. Etudes d'économie publique et de médecine en Allemagne, perfectionnement en économie aux Etats-Unis pendant six ans: à son retour, alors que son mari est un médecin-chef réputé, elle ne se lance en politique que sur le tard. Une carrière fulgurante: élue au niveau communal en 2003, elle est presque aussitôt projetée ministre de la Santé du gouvernement de Basse-Saxe. En 2004, elle entre au comité directeur de l'Union chrétienne démocrate allemande (CDU) et en 2005, elle est ministre de la Famille à Berlin.

Il faut dire qu'Ursula von der Leyen a de qui tenir en politique. Son père était Ernst Albrecht, ministre-président de Basse-Saxe entre 1976 et 1990 et pressenti à l'époque comme chancelier. «Je veux pouvoir continuer à pouvoir partager les joies, les larmes et le quotidien de mes enfants. Conjuguer famille et travail n'est qu'une question d'organisation», répète volontiers cette femme pleine d'énergie, sorte de Ségolène Royal allemande. Car comme la socialiste française, la ministre allemande n'hésite pas à se mettre en scène avec sa famille, à poser devant la ferme de briques rouges restaurée, entre poneys et chèvres naines. Elle se laisse filmer lors des petits-déjeuners familiaux. Chaque soir, elle se fait ramener de son ministère à Berlin à son domicile de Hanovre pour éviter de faire déménager toute sa tribu.

«Facile lorsque l'on a les moyens d'être déchargé des tâches familiales», rétorquent ses adversaires qui lui reprochent de culpabiliser les femmes qui n'y arrivent pas. Car des critiques, elle en a. «Trop d'enfants, trop de succès, trop d'idées, trop de discipline, trop de sourires, pour beaucoup c'est trop», résume l'hebdomadaire Die Zeit. Les Allemands l'ont surnommé la «super-jardinière d'enfants». En politique, ses succès énervent tout le monde autour d'elle. Et même le magazine Der Spiegel commence à trouver qu'elle mise trop sur sa seule image.

Comme Ségolène Royal, elle se veut conservatrice pour les valeurs, le couple, la famille, l'éducation stricte des enfants, la religion, mais libérale et moderne en matière sociale et dans le monde du travail. Derrière une apparence très classique et bourgeoise, elle cultive une ouverture d'esprit qui lui vient de son séjour américain.

Faire de l'Allemagne un pays de nouveau accueillant pour les enfants, redresser la chute démographique du pays. C'est l'un des piliers du programme d'Angela Merkel. Et c'est elle, Ursula von der Leyen, qui en est le pivot.