«America is back.» «L’Amérique est de retour.» Voilà ce qu’a voulu signifier mercredi le président Joe Biden lors d’un sommet convoqué par les Etats-Unis en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, grande messe diplomatique mondiale. Et quel meilleur combat que celui de la pandémie de covid pour réaffirmer le leadership américain après la présidence isolationniste de Donald Trump?

«Rien n’est plus urgent que de combattre tous ensemble le covid», a déclaré Joe Biden aux autres dirigeants du monde. Et plus question de «demi-mesures», «nous devons penser grand», a martelé Joe Biden. Le président a annoncé mercredi que son gouvernement allait acheter 500 millions de doses du vaccin Pfizer pour les donner aux pays en développement.

Cette nouvelle promesse vient s’ajouter aux précédents dons américains. Lors du dernier G7, le groupe des pays les plus industrialisés du monde, en juin 2021, les Etats-Unis avaient déjà promis de faire don de 500 millions de doses. Pour l’instant, cette promesse-là est loin d’être remplie, puisque 160 millions de doses ont pour l’instant été livrées dans 100 pays. «C’est plus que ce que tous les autres Etats ont donné», a défendu Joe Biden.

Les Etats-Unis les plus généreux

Les Etats-Unis sont effectivement les plus généreux, loin devant le rival chinois, qui a surtout vendu ses vaccins aux pays pauvres. Mais les promesses des pays les plus industrialisés ne sont pas tenues. En juin dernier, les pays du G7 avaient promis qu’ils offriraient un milliard de doses, dont la moitié offerte par les Etats-Unis, aux pays en développement. Trois mois plus tard, on est très loin du compte.

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«Moins de 15% de ces doses se sont matérialisées», rappelait mercredi le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus. «Pour atteindre l’objectif de vacciner 10% de la population dans chaque pays à fin septembre, 40% d’ici la fin de l’année et 70% à la mi-2022, il faut deux milliards de doses immédiatement», a insisté le patron de l’OMS, lors de ce sommet convoqué par les Etats-Unis.

Les limites de la charité

Du côté des ONG, c’est la déception qui domine après ce sommet sur la vaccination globale. Moins de 2% des habitants des pays en développement ont reçu une première dose, l’annonce américaine d’un don de 500 millions de doses est «la bienvenue», estime Carrie Teicher, directrice de programmes à la branche américaine de Médecins sans frontières. «Mais ces livraisons ne seront pas effectuées avant l’an prochain, pronostique-t-elle. Dans l’immédiat, les Etats-Unis pourraient faire don de leurs stocks de 593 millions de doses qui seront périmés à la fin de l’année.»

«L’objectif du président Biden de vacciner 70% de la population mondiale d’ici un an ne sera pas rempli avec des promesses vides mais des actions pertinentes. Cela commence par partager dès maintenant la technologie et le savoir-faire des vaccins pour que les pays en développement puissent fabriquer leurs propres doses», soulignait Abby Maxman, le président d’Oxfam aux Etats-Unis, avant le sommet. Les ONG insistent sur un assouplissement du système de la protection intellectuelle à l’Organisation mondiale du commerce, à Genève. Une éventualité à laquelle s’opposent les pays abritant une forte industrie pharmaceutique, dont la Suisse.

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L’acheminement de vaccins dans les pays les plus pauvres présente aussi un immense défi logistique. Et la résistance aux vaccins ne se limite pas aux pays développés, où la vaccination plafonne. «Nous faisons aussi face à une épidémie de fausses informations autour des vaccins», témoignait jeudi, lors de la conférence de presse hebdomadaire du bureau africain de l’OMS, le virologue Jean-Jacques Muyembe, chargé de la riposte contre le covid en République démocratique du Congo. «Le fait que nos vaccins nous soient donnés alimente les suspicions, continue le professeur. C’est à nous, les scientifiques, de rassurer la population qu’ils sont d’aussi bonne qualité que dans les pays du Nord.»