L’Afrique du Sud a suspendu, mardi, sa campagne de vaccination des professionnels de la santé, en raison des risques de développement de caillots sanguins présentés par le vaccin Johnson & Johnson (J&J). Le ministre de la Santé, Zwele Mhize, espère, toutefois, une reprise rapide du programme qui accuse déjà d’importants retards. Avec 1,56 million de cas de covid, son pays cumule près d’un tiers des infections sur le continent. Mais il n’arrive qu’au 17e rang des pays africains pour le taux de vaccination par habitant. Même le Zimbabwe fait mieux.

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Lors de sa présidence de l’Union africaine jusqu’au début février, le président sud-africain Cyril Ramaphosa s’est battu pour favoriser l’accès du continent aux vaccins, monopolisés par les pays riches. L’initiative Covax, gérée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), censée permettre à une centaine de pays du Sud d’inoculer au moins 20% de leur population, n’a pas reçu le financement attendu. Elle n’a livré jusqu’à présent que 16 millions de doses à 31 pays africains.

Les dons de vaccins chinois et russes restent aussi limités. Au total, moins de 30 millions de doses sont parvenues en Afrique, alors que le Centre africain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) estime qu’il faudrait vacciner 750 millions d’Africains (60% de la population) pour arrêter la pandémie. Lors d’une conférence du CDC sur la fabrication de vaccins en Afrique, le 12 avril, Ramaphosa s’est félicité de l’accord historique conclu entre le fabricant américain du vaccin J&J et l’initiative Avatt (African vaccine acquisition task team) de l’Union africaine, lancée sous sa présidence: la firme sud-africaine Aspen va produire 220 millions de doses, voire 400 millions, de quoi couvrir la moitié des besoins du continent.

Moins de 1% de la population vaccinée

Chez lui, Ramaphosa et son gouvernement sont pourtant critiqués pour la lenteur de l’Afrique du Sud à se procurer des vaccins, alors que le pays a déjà enregistré 53 423 décès (trois fois plus, selon les chiffres de surplus de mortalité). En près de deux mois, seulement 290 000 Sud-Africains ont été inoculés, soit à peine 0,5% de la population, alors que l’objectif était de vacciner les 800 000 professionnels de la santé à la fin mars.

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Le gouvernement est accusé, notamment par six scientifiques de renom, d’incohérence dans sa stratégie vaccinale. L’an dernier, il a refusé de négocier des pré-achats avec les fabricants. Il semble avoir trop compté sur les livraisons de l’initiative Covax. Pretoria a finalement importé, le 1er février, 1 million de doses d’AstraZeneca… pour ne pas les utiliser, à la suite d'une étude locale montrant la faible efficacité de ce vaccin contre les formes modérées du covid provoquées par le variant sud-africain B.1.351. Critiqué pour ce gâchis financier, le ministre de la Santé s’est félicité d’avoir réussi à revendre les vaccins – via l’Union africaine – à 11 pays africains, alors qu’il avait d’abord parlé d’un don dans un geste de solidarité.

L’Afrique du Sud a finalement démarré sa campagne de vaccination le 17 février, avec les maigres stocks du vaccin Pfizer/BioNTech, livrés dans le cadre d’une recherche scientifique. Pourtant, selon les résultats d’une petite étude menée en Israël, publiés le 10 avril, le Pfizer ne protège pas contre le variant B.1.351. Seuls les vaccins américains J&J et Novavax ont prouvé leur efficacité contre ce dernier.

Une troisième vague lors de l’hiver austral?

Le 9 avril, le ministre a annoncé l’achat de 31 millions de vaccins J&J et 20 millions de Pfizer/BioNTech. La seconde phase de la campagne de vaccination (plus de 60 ans, travailleurs de plus de 40 ans et personnes vivant en collectivité, comme les prisonniers) commencera le 17 mai. L’objectif est de vacciner 42 millions d’adultes sud-africains d’ici à février 2022. L’Afrique du Sud devrait ainsi passer de 5000 vaccinations par jour à 250 000 vaccinations d’ici au mois d’août.

Certains doutent, toutefois, des capacités logistiques dans les zones rurales et des risques de pénurie de seringues. Autre inquiétude: les chômeurs de plus de 40 ans souffrant de comorbidité (obésité, diabète, hypertension) ne seront pas vaccinés avant la mi-octobre. Selon Caroline Maslo, en charge de la prévention des infections nosocomiales chez Netcare, le plus gros groupe d’hôpitaux privés d’Afrique du Sud, «dans un pays à la population jeune et où beaucoup de gens ont déjà des anticorps du covid, il aurait fallu vacciner en priorité toutes les personnes à risque». En Afrique du Sud, moins de 6% de la population a plus de 65 ans (contre 18% en Suisse).

Les Sud-Africains craignent l’arrivée d’une troisième vague pendant l’hiver austral (juin-juillet). Ils devront encore patienter de longs mois avant de pouvoir baisser la garde et voyager dans le monde. L’important secteur touristique, qui a subi de lourdes pertes, se prépare, lui, à une seconde année perdue.