Elections

La vague populiste va-t-elle aussi submerger les Pays-Bas?

Les Néerlandais sont appelés ce mercredi à désigner leur nouveau parlement. Ce qu’il faut savoir sur les élections législatives, considérées comme un baromètre du populisme en Europe


◼ Un scrutin test

Les sondages donnent depuis des mois le parti islamophobe et antieuropéen du leader populiste Geert Wilders (le Parti pour la liberté/PVV) en tête des intentions de vote. Il s’est fait doubler il y a une dizaine de jours par le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du premier ministre Mark Rutte.

Après le vote en faveur du Brexit de juin dernier, l’élection de Donald Trump en novembre et la perspective d’un succès de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle française en mai prochain, le résultat du scrutin sera vu comme un baromètre du populisme et de l’euroscepticisme en Europe.


◼ Une coalition au pouvoir

Après une campagne très discrète, les bureaux de vote se sont ouverts à 7h30 ce mercredi, ils fermeront à 21h. Il y a 12,9 millions d’électeurs potentiels. Les 150 sièges du parlement sont à pourvoir, ce qui signifie que pour obtenir la majorité, il faut 76 députés élus. Jamais, aucun parti n’y parvient et, depuis plus d’un siècle, le gouvernement est issu d’une coalition d’au moins deux partis.

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◼ Un nombre record de partis en lice

Vingt-huit partis proposent des candidats. Selon les prévisions, 15 d’entre eux obtiendraient un siège au moins, dont 8 qui enverraient 10 députés au moins au parlement.

Les partis du centre qui, traditionnellement, occupaient l’essentiel de l’arène politique ont vu leur influence s’éroder depuis trente ans. Dans les années 1980, ils obtenaient 80% des sièges, ils pourraient n’en décrocher que 35 ou 40%. En conséquence, alors qu’il fallait deux ou trois partis pour former une coalition majoritaire, à l’issue de ce scrutin et si les sondages se réalisent, il faudra pas moins de cinq partis pour former un gouvernement. Certains prédisent déjà la possibilité d’élections anticipées.


◼ L’islam et l’immigration comme sujets de campagne

Bien que l’économie néerlandaise se porte plutôt bien avec une croissance à 2,3% et un chômage à moins de 6%, le taux le plus bas depuis 2011, un malaise persiste relatif à la conjoncture européenne, notamment la crise migratoire et le risque terroriste.

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En raison de cette inquiétude, l’immigration, l’intégration et l’islam ont été les principales questions débattues. Le PVV de Geert Wilders en a fait ses choux blancs. Le récent bras de fer entre les Pays-Bas et la Turquie a joué en faveur de ceux qui prônent une attitude ferme à l’égard des immigrés. Le PVV mais aussi le VVD du premier ministre Mark Rutte sont sur cette ligne-là.


◼ Un candidat populiste: Geert Wilders

Il a commencé sa carrière politique comme assistant parlementaire en 1990. A 53 ans, il est désormais un poids lourd de l’échiquier politique néerlandais. Après un début au VVD, dont il a été un des élus, il fonde en 2006 le PVV.

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Son parti réclame la fermeture des écoles islamiques et des mosquées. Il demande l’interdiction du Coran qu’il compare à Mein Kampf de Adolf Hitler. Il préconise aussi de refuser les réfugiés ou migrants en provenance de pays à majorité musulmane. Après des propos insultants sur les Marocains, il a été déclaré coupable le 8 décembre dernier d’incitation à la haine et à la discrimination. Il critique l’Union européenne dont il veut abolir le parlement et qu’il a comparée à un «Etat nazi».

Depuis l’assassinat de Theo van Gogh en 2004 et en raison de nombreuses menaces de mort, Geert Wilders vit sous protection policière 24 heures sur 24.


◼ Des pronostics favorables à Mark Rutte

Le VVD du premier ministre Mark Rutte est en tête, selon un sondage de Maurice de Hond, 25 sièges devant le PVV de Geert Wilders à 22. Derrière, l’Appel chrétien-démocrate (CDA) se place troisième avec 21 sièges, suivi par les écologistes de la Gauche verte (GroenLinks) qui obtiendraient 18 sièges. Ensuite: D66 (17), SP (14), PvdA (9), ChristenUnie (5), Partij voor de Dieren (5), 50PLUS (5), SGP (3), DENK (2), Forum voor Democratie (2) en VNL (1).


◼ Une extrême droite exclue du gouvernement?

Lors d’un débat télévisé lundi avec le premier ministre Mark Rutte, Geert Wilders a dit qu’il serait très «inconvenant qu’il ne participe pas au prochain gouvernement». Cependant, et même s’il arrivait en tête, il est improbable que le PVV de Geert Wilders fasse partie de la prochaine coalition au pouvoir, car tous les partis importants ont annoncé qu’ils refuseraient de travailler avec lui.

Le prochain gouvernement pourrait être le fruit d’une coalition de cinq partis autour du VVD de Mark Rutte, elle inclurait des partis du centre et les Verts. Une autre option, selon les résultats, serait une grande alliance à gauche excluant les deux plus grands partis: le VVD et le PVV.

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