Tous ceux qui, dans un élan plus compulsif que fondé, prophétisaient une poussée de la gauche aux municipales se sont trompés. Aussi prudents que des Suisses, les électeurs français, pour ce premier tour, auront manifesté (au vu du moins des premières estimations et sondages, forcément provisoires) une remarquable stabilité. A une exception près: le cas de Paris, où les listes conduites par le socialiste Bertrand Delanoë répondent à l'attente des sondages: le challenger de Philippe Séguin, avec 32,1% des voix distance clairement son adversaire, qui n'obtiendrait que 22 à 27% des voix, le maire sortant, Jean Tiberi engrangeant tout de même 17% des voix, et l'emportant (à 37,9%) contre sa rivale socialiste, Mme Cohen-Solal dans son fief, le Ve arrondissement. Les Verts (14,1%) s'engageant à voter pour la liste Delanoë, les chances de ce dernier, pour le second tour du 18 mars sont apparemment les plus grandes.

La leçon est extrêmement dure pour Philippe Séguin, qui non seulement n'est pas parvenu à mobiliser la droite dans la capitale, mais ne fait pas mieux qu'un homme qu'il était censé renvoyer au magasin des accessoires. La victoire de la gauche, si elle se confirme dans une semaine, sera la seule à détenir une signification à l'échelle nationale

Pas de «vague rose» non plus pour les ministres: à Béziers, Jean-Pierre Gayssot paraît nettement battu; à Avignon, Elisabeth Guigou est fortement distancée par le maire sortant, Marie-José Roig; échec à Montbéliard pour Pierre Moscovici et à Dole pour Dominique Voynet. Autant de ministres qui se sont lancés dans la bataille contre des hommes et des femmes de droite bien en place. Martine Aubry elle-même n'engrange que 34% de suffrages à Lille. Jack Lang, à Blois, est en difficulté. Catherine Trautmann est en difficulté à Strasbourg. Lyon, qu'on disait emblématique de cette poussée attendue de la gauche, fait encore la part belle à la droite (lire ci-dessous). Quant à Toulouse, troisième ville aux résultats qu'on disait significatifs sur le plan national, elle offre un score relativement confortable (41%) à Philippe Douste-Blazy (UDF), qui se présentait à la succession du très populaire Dominique Baudis. Si la liste dissidente soutenue par le groupe Zebda se ralliait au candidat de gauche, alors il serait sans doute battu dimanche prochain.

En revanche, un François Hollande, secrétaire national du Parti socialiste, pouvait annoncer, tôt dans la soirée, sa victoire à Tulle, en Corrèze, une ville voisine des terres de la famille Chirac. Et on ne compte plus les ministres qui, tels Jean Glavany (Agriculture) ou Marie-George Buffet (Sports), seraient réélus.

On pourrait prolonger: si le sort de la droite à Paris semble décidément compromis, et son représentant officiel, Philippe Séguin, fortement concurrencé par un Jean Tiberi que certains croyaient en perdition, la France de ce printemps 2001 ne s'exprime visiblement pas en fonction de critères relevant de la politique conduite à Paris. Tous les sondages l'indiquent: le taux de satisfaction, à l'endroit des deux têtes de l'exécutif, fait du gouvernement Jospin un des plus populaires qu'ait connus la Ve République. L'enjeu était donc ailleurs, dans l'opinion personnelle que les gens, dans les villes comme dans les villages, ont de leurs édiles, très souvent reconduits dans leurs fonctions, comme le montreront les résultats définitifs. Les maires médiocres sont éliminés: le Front national, à Toulon et à Vitrolles, en fait l'amère expérience. La prime aux sortants: la leçon n'est pas spectaculaire, elle n'a guère de signification nationale. C'est malgré tout celle d'une France tranquille.