Gagner du temps. Depuis leur victoire, les partisans du Brexit font tout pour temporiser. Au lieu de triompher, ils semblent comme pris de vertige devant l’ampleur de la tâche. Leurs plans pour la suite ne sont absolument pas prêts. Vendredi le premier ministre, David Cameron, en annonçant sa démission, a déclaré qu’il ne déclencherait pas immédiatement l’article 50 des traités européens, qui lance officiellement la procédure de divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE). Selon lui, c’est à son successeur de le faire, au moment de son choix. Cela repousse donc la décision à octobre, au mieux.

Lire aussi: Brexit: Angela Merkel à la manœuvre

Les vainqueurs étaient pourtant pressés

Face à cette temporisation, les vainqueurs ont-ils protesté? Eux qui étaient si pressés de «reprendre le contrôle de leur pays» sont-ils montés au créneau? Au contraire. «Il n’y a pas d’urgence et rien ne va changer à court terme, expliquait Boris Johnson vendredi. Nous allons commencer le travail pour extirper ce pays de l’Union européenne […] mais il n’y a pas besoin d’évoquer l’article 50.» Michael Gove, ministre de la Justice et l’un des leaders de la sortie de l’UE, parle de son côté de lancer une période de «négociations informelles». Cette volonté de repousser l’échéance vient notamment du flou politique qui domine.

Les partisans du Brexit vont devoir choisir un successeur à David Cameron. Boris Johnson est bien entendu le favori, mais il lui faut suivre la procédure. Les députés conservateurs vont d’abord présélectionner deux candidats, puis les quelque 150 000 membres du parti vont voter pour celui des deux qu’ils préfèrent.

Mais surtout, l’immense chantier à venir est particulièrement complexe. Il faut détricoter 43 années de lois et de règles administratives entièrement écrites dans le cadre de l’UE. Faudra-t-il des visas pour les trois millions d’Européens au RoyaumeUni? Quelles relations commerciales mettre en place avec l’UE? Quid des 53 accords de libre-échange signés par l’UE avec le reste du monde? Quels accords fiscaux remettre en place?

Profond désaccord dans le camp du Brexit

Répondre à ces questions est particulièrement difficile parce qu’il existe un profond désaccord au sein du camp du Brexit. D’un côté, un groupe à tendance libertaire prône l’ouverture au monde et une large dose de dérégulation. A son extrême se trouvent des économistes qui suggèrent que le Royaume-Uni supprime unilatéralement toutes les barrières douanières, ouvrant intégralement le pays aux importations du reste du monde, y compris la Chine.

De l’autre côté se trouvent les déçus de la mondialisation, ceux qui rêvent de revenir à un Royaume-Uni plus ou moins mythique des années 1950. Eux veulent fermer les frontières. Leur principal objectif: réduire l’immigration. Nigel Farage, le leader du UKIP, a été leur porte-parole. «Il existe un dilemme fondamental au cœur de l’idée du Brexit, avertit Philip Hammond, le ministre des Affaires étrangères, qui était favorable au «remain». Il faut maintenant qu’ils choisissent entre différentes choses qu’ils ont promises, ce qui va être extrêmement décevant pour beaucoup de gens dans ce pays qui ont voté pour partir.»

Les premières fissures apparaissent

Au cœur de ce choix se trouve le marché unique. L’UE insiste sur le fait qu’un accès complet à ce marché de 500 millions de consommateurs va de pair avec la libre circulation des personnes. Plus le Royaume-Uni voudra minimiser le choc économique et conserver le marché unique, plus il faudra ouvrir les frontières. Déjà, les fissures dans le camp du Brexit apparaissent.

Dan Hannan, un député européen conservateur, qui est favorable à un modèle norvégien ou suisse, a reconnu la réalité sur la BBC. «N’imaginez pas qu’en quittant l’UE nous aurons zéro immigration. Nous aurons un peu de contrôle sur l’immigration.» Face à ses divisions internes, le camp du Brexit refuse d’entendre les demandes venant d’Europe d’accélérer les négociations. Il doit d’abord décider ce qu’il veut.

A lire aussi: Comment Boris Johnson a inventé l’europhobie britannique