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Des membres des forces de sécurité irakiennes célèbrent leur victoire contre l'Etat islamique à Falloujah le 28 juin 2016.
© Karim Kadim

Irak

Les vainqueurs de Falloujah ont enlevé des centaines de civils

Exécutions sommaires, enlèvements en masse… L’ONU donne du crédit aux accusations contre les miliciens chiites qui ont participé à la reprise de Falloujah des mains de l’Etat islamique

Les langues se délient sur les atrocités commises en marge de la reconquête de Falloujah, première ville irakienne conquise par l’Etat islamique en 2014 et libérée le 26 juin dernier. L’ONU a apporté mardi du crédit aux accusations contre certaines milices qui ont contribué à cette importante victoire sur les djihadistes.

Tout en condamnant le «terrible» attentat en plein centre de Badgdad dimanche soir, qui a fait plus de 200 morts, le Haut-commissaire aux droits de l’homme, le Jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein, a appelé les autorités irakiennes à mettre fin aux vengeances contre les habitants des villes reprises à l’Etat islamique. La minorité sunnite, ostracisée depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, est soupçonnée d’avoir collaboré avec les djihadistes initialement accueillis comme des libérateurs contre l'oppression du gouvernement chiite de Bagdad.

Lire aussi: «Falloujah, la bataille de tous les dangers» (31 mai 2016)

Selon l’ONU, plus de 600 hommes et jeunes garçons sont toujours portés disparus. Ils ont été enlevés il y a plus d’un mois près de Falloujah. Les faits, relatés par des personnes entre temps libérées, se sont noués le 1er juin. Soit une semaine après le début de la reconquête de la ville. Dès le début des opérations militaires, l’armée irakienne appelle les civils à quitter la zone de combat mais l’Etat islamique va retenir pendant plusieurs semaines 85 000 habitants en otage.

En ce premier jour de juin, quelque 8000 habitants parviennent à quitter la petite ville de Saqlawiyah, au nord-ouest de Falloujah. Parmi eux, 1500 hommes et garçons de 14 ans ou à peine plus âgés. Ils aperçoivent au loin ce qu’ils pensent être une position de l’armée irakienne. Les soldats leur assurent au haut parleur qu’ils n’ont rien à craindre. Mais, une fois arrivés, il découvrent les drapeaux jaunes et verts de Kataaib Hezbollah, un groupe paramilitaire chiite qui prend ses ordres de l'Iran.

Les femmes et les enfants sont alors séparés des hommes et des adolescents. Les premières sont transférés dans des camps pour déplacés gérés par le gouvernement irakien. Les seconds seront enfermés pendant plusieurs jours dans différents entrepôts des environs de Falloujah. «Les mauvais traitements ont commencé presque immédiatement», accuse le Haut-commissariat aux droits de l’homme.

A coup de bâton, de pelle ou de tuyau

Entassés, parfois à plus de 60 dans une salle, les malheureux n’ont ni eau, ni nourriture. Il n’y a presque pas de ventilation. Quand ils osent se plaindre, les prisonniers sont battus à coups de bâton, de pelle ou de tuyau. Ou même exécutés. Les miliciens se vantent d’agir en représailles du massacre de Camp Speicher. En juin 2014, après avoir pris Tikrit, l’Etat islamique avait exécuté 1700 recrues de l’armée irakienne, presque toutes chiites.

Cette référence au massacre de Camp Speicher est «extrêmement inquiétante» pour le sort des hommes et garçons dont leurs proches sont toujours sans nouvelle, alerte le Haut-commissaire aux droits de l’homme. Il existe une liste de 643 noms de personnes disparues. Mais, selon des responsables tribaux, le sort de 200 anonymes est également inconnu.

L’ONU a établi que 47 autres personnes avaient été exécutées par les miliciens chiites dans les premiers jours de leur détention. Quatre d’entre elles eux auraient été décapitées. Deux autres dépouilles auraient été brûlées. Le 5 juin, le groupe paramilitaire a libéré un groupe de 900 hommes et garçons. Le gouvernement irakien a annoncé la création d’une commission d’enquête mais l’ONU le supplie de tout faire pour retrouver au plus vite les disparus.

«Totalement contreproductif»

«Ces crimes sont non seulement odieux, continue Zeid Ra’ad Al Hussein, ils sont aussi totalement contreproductifs. Ils offrent à l’Etat islamique une victoire de propagande et augmentent le risque d’un nouveau cycle de violences sectaires.»

Ce n’est pas la première fois que les milices chiites, omniprésentes depuis le quasi-effondrement de l’armée irakienne face aux djihadistes en 2014, commettent des atrocités. Mais les événements de Falloujah sont «les pires», selon l’ONU. «Ce cycle de violences et de représailles inter-confessionnelles dure en réalité depuis 13 ans», analyse Myriam Benraad, chercheuse à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman ainsi qu'à la Fondation pour la recherche stratégique. Soit depuis l'invasion américaine de l'Irak.

«Les attentats de l'Etat islamique vont continuer, car ce groupe veut débarrasser l'Irak de toute présence chiite, pronostique-t-elle. En face, les milices chiites considèrent tous les sunnites comme soutenant les djihadistes.» Pour sortir de ce cycle infernal, il faudrait, selon la chercheuse, une concorde nationale, qui réintégrerait les sunnites dans le jeu politique. «Mais les partis chiites ne sont pas prêts à partager le gâteau et le pouvoir à Bagdad est aux mains d'une clique corrompue. L'Irak connaîtra encore des années de guerre», se désole Myriam Benraad.

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