Un immense cri d’effroi, puis les huées crèvent le silence qui s’est brièvement installé sur la salle de la Mutualité: le visage de François Hollande vient d’apparaître sur les écrans. Il est 20 h. A ce moment-là, pourtant, plus personne n’y croit vraiment. Les militants ont rangé la méthode Coué au placard des illusions perdues et la moue des pontes de l’UMP en dit long sur la défaite cuisante qu’ils s’apprêtent à acter. Mais le choc est dur à encaisser.

«La presse roule pour la gauche»

Fini les «Hollande en Corrèze, Sarkozy à l’Elysée», les «Nicolas! Nicolas!», scandés pendant des heures sous les drapelets tricolores. Une belle toute de soie vêtue, suivie de son Chanel, s’échappe en larmes de la foule. Deux militantes s’embrassent, en sanglots, repoussant les caméras. «Ce que je vais faire? Maintenant, je vais pleurer», jette une dame en tordant nerveusement son drapeau: «Aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy aurait été directement réélu président. Mais ici, les gens ont la haine de l’homme et de sa réussite. Et la presse est formatée, qui roule pour la gauche. Vous voulez que je vous dise: les Français sont des veaux!» La chrétienne-démocrate Christine Boutin, qui parcourt la salle en tous sens, rejette elle aussi la faute sur ces Français «restés bloqués sur l’image de l’homme bling bling sans examiner son programme». Elle part «en résistance» et annonce «cent candidats qui auront pour mission de reconstruire la droite décomposée» lors des législatives de juin.

Nicolas Sarkozy sera autrement diplomate. On ne l’attendait pas avant 21 h. Il est 20h21 lorsqu’il pénètre sur la scène de la Mutualité et s’adresse à ses militants comme un père à ses enfants. «Jamais je n’oublierai ce bonheur de cinq ans», leur dit-il. Comme déchirés, ils clament: «Merci!» Il leur confie son désir de protection pour la France et les Français, son amour de la patrie, son engagement total. Une femme lui lance «Reste avec nous!» Il veut assumer la responsabilité de la défaite et, s’il restera à leur côté, c’est avec un «engagement différent». Un garçonnet agite son drapeau et murmure «Nicolas! Nicolas!», aussitôt rabroué par sa mère qui craint les caméras. Alors Nicolas Sarkozy entonne La Marseillaise, suivi par ses militants; «… l’étendard sanglant est levé», chantonne la dame de piquet à l’entrée de la salle…

Dimanche, à la salle de la Mutualité, l’atmosphère était tendue bien avant l’annonce des résultats de la présidentielle. Les services de sécurité de l’UMP étaient nerveux, rabrouant les journalistes qui étaient un millier environ à s’être accrédités.

Les militants ont voulu y croire. Malgré les derniers sondages, malgré les résultats diffusés par les sites belges et suisses dès le milieu de l’après-midi. Tels ces deux jeunes gars à la mèche brossée, rencontrés vers 18 h: «53% pour Hollande? Ah bon? On verra.» Un couple de retraités du Quartier latin accueillait pour sa part sans rechigner «les mauvaises nouvelles». Lui: «Sarko a fait tout ce qu’il a pu.» Elle: «C’est parce qu’il est entré trop tard en campagne.» Puis, le septuagénaire mal fagoté dans son tee-shirt blanc des jeunesses sarkozystes a glissé tristement: «Nous, on a surtout peur pour le crédit de la France. Il faut quelqu’un qui en impose en période de crise.»

Fin de l’assaut

Ainsi s’achève l’assaut mené trois mois durant par Nicolas Sarkozy pour tenter de rester à l’Elysée. Pour cela, il aura été jusqu’à détourner les symboles de ses adversaires. Ainsi, comme au premier tour, avait-il fait réserver hier la salle de la Mutualité, rue Saint-Victor à Paris, pour ce qui aurait pu être un nouveau sacre. Une salle dont l’histoire est intimement liée à la gauche. «La Mutu, c’est un truc des rouges, ça. C’est pas pour Sarko, ça!» s’étonnait une passante, devant la grande salle parisienne.