La droite française doit-elle toujours se conjuguer au masculin lorsqu’il s’agit de conquérir l’Elysée? En choisissant de se porter candidate à la présidentielle de 2022 – alors même que sa famille politique tranchera en septembre sur les modalités de désignation de son champion – Valérie Pécresse, 54 ans, a abattu d’emblée sa meilleure carte: celle de la parité. « Je suis candidate à la présidence de la République pour restaurer la fierté française. Je me présente en femme libre» a affirmé jeudi soir à la télévision la présidente tout juste réélue de la région Ile de France. Deux femmes se sont jusque-là qualifiées pour le second tour de la présidentielle française: la socialiste Ségolène Royal, battue en 2007 face à Nicolas Sarkozy, et Marine le Pen pour le Front National, battue par Emmanuel Macron en 2017. La présidente du Rassemblement national est à nouveau candidate au scrutin des 10 et 24 avril 2022. Tandis qu’une autre femme se prépare, à gauche cette fois: la maire PS de Paris Anne Hidalgo.

A lire aussi: Dans les urnes régionales, la France de droite reprend espoir entre Macron et Le Pen

Ancienne ministre de la recherche puis du budget sous la présidence Sarkozy, Valérie Pécresse mise, outre la parité, sur deux autres cartes politiques. La première est sa présumée capacité à rassembler au delà du camp conservateur, puisqu'elle n'est plus membre du parti «Les Républicains», qu'elle a quitté en juin 2019 pour créer son propre mouvement baptisé «Soyons libres», positionné au centre-droit avec l'étiquette «libéral-conservateur». Sa seconde carte est sa capacité à desserrer l'étau masculin du trio Xavier Bertrand (président réélu des Hauts de France et déjà candidat), Laurent Wauquiez (président réélu de la région Rhone-Alpes Auvergne, toujours pas déclaré)  et Michel Barnier (ex négociateur européen du Brexit, toujours pas déclaré) en imposant une primaire à droite.

«Pécresse est suffisamment consensuelle pour rallier le vote féminin au-delà de son camp conservateur. C’est son meilleur atout, y compris lors d'un vote des sympathisants», confirmait jeudi soir un parlementaire de la majorité présidentielle. L’intéressée avait d’ailleurs, le 27 juin, conclu son discours de réélection à Saint-Ouen, siège du conseil régional, par cette phrase prémonitoire: «l’heure des femmes est venue». Autre atout, malgré son déficit de popularité (environ 17% d'opinions favorables selon les sondages contre 27% pour Xavier Bertrand, aujourd'hui en tête à droite): sa visibilité politique et sa réputation de gestionnaire,  étroitement liée à l’importance de Paris et du chantier actuel du «grand Paris» (200 km de nouvelles lignes de métro et 68 nouvelles gares) au cœur de la région Ile de France, qui accueillera les Jeux Olympiques d’été en 2024.

A lire aussi: Xavier Bertrand, assureur tous risques dans la course à l’Elysée

Reste, pour cette juriste diplômée de l’ENA (promotion Condorcet 1990-1992), membre du Conseil d’Etat dont la vie professionnelle se confond avec la politique, à définir une ligne pour se distinguer à la fois de ses rivaux et surtout d'Emmanuel Macron, avec lequel ses différences politiques apparentes sont minces, même si elle l'a nié jeudi soir en qualifiant la présidence actuelle de «quinquennat pour pas grand-chose». «Je le dis à regret a-t-elle poursuivi, regrettant le trop petit nombre de réformes « comme celle repoussée des retraites, des figures d’autorité abaissées et contestées, nos lois bafouées, des déficits abyssaux, des fractures accrues. (...) Sur la sécurité, sur l’ordre sur la justice sur l’immigration, le “en même temps” ça ne marche pas». Son mot d'ordre ? « Plus réformatrice qu’Emmanuel Macron plus d’autorité que Marine Le Pen »

A lire: Michel Barnier, premier de cordée

Sur la primaire, cette chiraquienne de coeur sait qu'elle a devant elle deux difficultés majeures: le refus annoncé de Xavier Bertrand d'y participer, et le souvenir cuisant de la course à la candidature de 2016 à droite, remportée par François Fillon contre Alain Juppé Juppé et Nicolas Sarkozy. Voici cinq ans, les affaires politico-financières avaient ensuite fait trébucher l’ancien premier ministre d’abord donné favori, laissant derrière lui d’énormes fractures au sein du parti «Les Républicains», où une autre figure est régulièrement sollicitée pour se lancer dans la course à l'Elysée: le président de l'Association des Maires de France François Baroin. Le sénateur de Vendée Bruno Retailleau, positionné sur les valeurs conservatrices catholiques, est aussi candidat.

Une primaire toujours sur la table

Pour l'heure, la tenue d’une primaire « ouverte » au plus tard en novembre demeure sur la table. Le parti «Les Républicains» a demandé aux candidats putatifs de la droite de s'entendre sur les modalités d'un possible scrutin pour les sélectionner avant le 25 septembre. D'ici là, des enquêtes d'opinion seront lancées pour voir qui est le mieux placé et un congrès du parti, à l’automne, devrait décider du processus. Avec une condition préalable: que chaque candidat dispose de 250 parrainages d'élus: la moitié de ce qui est demandé pour pouvoir se présenter à la présidence de la République.