France

Valls, Hamon, Peillon, Montebourg: le jeu de massacre du PS français

Les quatre principaux candidats de la «primaire citoyenne» ont un point commun: aucun ne parait à ce stade capable de rassembler la gauche pour espérer succéder à François Hollande


Manuel Valls, une primaire à quitte ou double

Un homme a plus à perdre que les autres dans cette primaire «citoyenne» organisée par le Parti socialiste français. Il s’agit du premier ministre sortant Manuel Valls, démissionnaire le lendemain du renoncement de François Hollande à briguer un second mandat, le 1er décembre 2015. S’il ne parvient pas à s’imposer, et plus grave encore s’il devait échouer à se qualifier pour le second tour de ce scrutin, l’ex chef du gouvernement perdrait presque, à 54 ans, tout espoir de représenter la gauche pour la course à l’Elysée dans la décennie à venir.

La preuve serait alors apportée, malgré sa réputation d’efficacité et sa réelle autorité, que son positionnement au centre gauche, son ouverture d’esprit sur la flexibilité du marché du travail, son approche positive sur le monde des entreprises et son intransigeance sur la laïcité, ne passent pas dans le camp socialiste. Fils d’un peintre catalan et d’une mère tessinoise, Manuel Valls, qui n’avait obtenu que 6% des voix à la primaire du PS de l’automne 2011, redeviendrait alors ce qu’il a toujours été: le leader d’une frange du parti. Avec un handicap supplémentaire: celui d’avoir été coiffé sur le poteau par un de ses protégés: son ex-ministre de l’économie Emmanuel Macron, 38 ans, qu’il avait lui même fait venir au gouvernement fin août 2014 pour remplacer l’insolent Arnaud Montebourg, limogé après une nouvelle incartade anti-François Hollande.

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Arnaud Montebourg veut faire bouger les lignes

Arnaud Montebourg justement: à 54 ans lui aussi, l’ancien député de Saône-et-Loire, bien connu des Suisses puisqu’il a longtemps pourfendu le secret bancaire, joue une autre partition: celle du leadership socialiste. Talentueux, fort de ses 17% à la primaire de 2011 (il en fut le troisième homme), chantre du protectionnisme, du «made in France» et de la démondialisation, ce parlementaire éloquent veut faire bouger les lignes et ramener le PS vers ce qui pourrait être un prochain programme commun avec la gauche radicale. Pour la prochaine présidentielle, son grand obstacle sera Jean-Luc Mélenchon.

Mais après? Compagnon de l’ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti, qui avait démissionné du gouvernement après son limogeage, Arnaud Montebourg est en fait engagé dans un duel contre Manuel Valls. Après avoir contribué à «tuer» François Hollande, l’ancien ministre veut achever l’ex premier ministre avec lequel il croyait avoir forgé une alliance. Une affaire digne des «mousquetaires» d’Alexandre Dumas, mais pas «Un pour tous et tous pour un», tant s’en faut.

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Vincent Peillon, l’homme sans troupes

Suivent dès lors les deux inconnus de la primaire, tous deux anciens ministres de l’éducation durant le quinquennat Hollande: Vincent Peillon et Benoît Hamon. Le premier a enseigné à l’université de Neuchâtel. Philosophe, romancier, il est arrivé dans cette course à la primaire sans s’y être préparé, surtout – dit-on – pour faire barrage à Manuel Valls. Son avantage est celui de la prestance. Mais il n’a ni troupes, ni vraiment envie de casser la baraque. Difficile d’oublier aussi que Vincent Peillon, 56 ans, a plusieurs fois échoué aux législatives et qu’il n’est pas très bon en campagne 

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Benoît Hamon peut profiter d’une brèche

Reste Benoît Hamon, 49 ans. L’ancien député européen discret, aujourd’hui député des Yvelines, pourrait être in fine le candidat rassembleur pour des militants et des sympathisants socialistes déboussolés et avant tout pressés de remettre leur maison en ordre. Sa victoire signerait sans doute l’abandon de toute illusion présidentielle. Mais son engagement à porter des thèmes nouveaux, comme le revenu universel, pourrait marquer le début d’un travail de refonte en profondeur de la gauche socialiste.

Moins marqué «Made in France» et souverainiste que Montebourg, plus social et consensuel que Valls, plus populaire et homme de terrain que Peillon, Benoît Hamon peut profiter d’une brèche lors de cette primaire. Mais l’on voit mal comment celle-ci pourra ensuite, pour lui, se transformer en boulevard vers l’Elysée.

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