La presse belge unanime saluait vendredi comme un grand honneur national le «sacre» d’Herman Van Rompuy, son premier ministre désigné jeudi par ses pairs pour être le premier président de l’UE, mais l’inquiétude pointait chez les francophones sur l’avenir du pays.

«Yes!»

«Yes!», s’exclame en une de son édition papier La Libre Belgique, «Le sacre», renchérit Le Soir. «Un Belge à la tête de 460 millions d’Européens», s’enthousiasme La Dernière Heure. «Une nouvelle étoile pour l’Europe», proclame en néerlandais De Standaard, tandis que Het Laatste Nieuws se réjouit dans la même langue: «Un Belge est le premier».

Le piège BHV

Mais si la fierté nationale l’emporte, une inquiétude pointe à l’idée de perdre un homme qui semblait si habile à apaiser les tensions entre francophones et néerlandophones. Herman Van Rompuy part en effet alors que des négociations très délicates sur le statut de la minorité francophone de la banlieue bruxelloise située en Flandre néerlandophone (Bruxelles-Hal-Vilvorde, BHV) devraient s’engager dans les semaines à venir.

Retour d’Yves Leterme?

«Bon pour la Belgique?», se demande ainsi dans son éditorial la rédactrice en chef du Soir, Béatrice Delvaux. Oui, répond-elle, à condition «que le successeur d’Herman Van Rompuy comme Premier ministre maintienne notre pays en eaux sûres». Pour Le Soir, la partie est jouée et c’est Yves Leterme qui devrait revenir aux commandes du Royaume: «Il ne fait quasiment plus aucun doute qu’il s’agira d’Yves Leterme. Nous avons en temps voulu écrit ce que nous pensions du risque que cela postulait. Aujourd’hui, plus d’un retient son souffle. S’il est désigné par le Roi, Yves Leterme sera pleinement légitimé, continue Le Soir. A lui d’assurer la suite. Il aura une tâche prioritaire: forger une solution pour BHV. Et, avec tous les partis politiques à l’œuvre sur ce dossier crucial, un devoir: éviter la crise de régime». L’ancien Premier ministre Yves Leterme était en effet mal vu des francophones pour ses gaffes à répétition lorsqu’il était au pouvoir en 2008. Et c’était Herman Van Rompuy qui lui avait succédé en décembre 2008.

Un rieur

On peut lire par ailleurs, sur le site de La Libre Belgique, outre un survol des commentaires de la presse flamande, un étonnant portrait du nouveau président européen, que le quotidien appelle affectueusement son «Herman (inter) national». L’homme, assure-t-elle, est un «rieur». La preuve par une citation de l’intéressé: «Je ne vais pas m’en vanter, mais le sens de l’humour aide beaucoup. Rire ensemble relativise les problèmes». C’est donc sur un ton plutôt humoristique que «La Libre» croque le nouveau président. «Sa notoriété internationale, pour sa part, est récente. Herman Van Rompuy est son nom. Un nom auquel tentent de se familiariser les heureux habitants européanisés de Pelkosenniemi en Laponie comme ceux de Saint-Cirq Lapopie dans le Lot. Aidons-les; on prononce: «Vann-Rome-Peuille».